ACTE DEUXIEME
EMMA
Vous avez raison. ( A mi-voix. ) Jouez-lui la Grande-Duchesse.
RAOUL
Je croyais que le piano était à droite.
EMMA
Non, à gauche. (A part.) Il se trompe, même de piano !
RAOUL
Qu'est-ce que c'est que ce morceau inédit? Vous composez maintenant ?
EMMA
Passez-moi cette musique qui ne m'appartient pas.
RAOUL A qui est-elle ?
EMMA
Elle m'a été prêtée par un de nos voisins... M. de la Rouvre. Le connaissez-vous ?
RAOUL
De la Rouvre ? Non. Ce nom ne me rappelle rien. Est-ce un sportsman d'abord ?
EMMA
Vous le lui demanderez à lui-même.
RAOUL
Si c'est un sportsman, je me serai certainement rencontré avec lui. Pourquoi ne l'ai-je pas encore vu chez vous ?
EMMA
Il me boude, et je lui en veux moi-même de m'avoir caché un secret.
RAOUL
Quel secret? En êtes vous aux secrets avec ce monsieur ?
EMMA
Ce mot m'est venu plus vite qu'un autre. J'ai engagé plusieurs fois M. de la Rouvre à se marier, sans qu'il m'apprenne que la chose n'était pas faisable.
RAOUL Pourquoi ?
EMMA
Parce qu'elle était déjà faite.
RAOUL Il est marié, battu et séparé.
EMMA Ne riez pas de lui, ça vous porterait malheur.
RAOUL
Allez-vous recommencer?... Vous voudriez me donner des inquiétudes ; vous n'y réussirez pas. Vous vous retirez à la campagne pour marier vos voisins, et, comme ils ont déjà un ménage de trop, ils ne reviennent plus.
EMMA
Mais M. delà Rouvre n'est pas quitte avec moi. Je lui réserve un entretien particulier où il me rendra