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SCÈNE VI RAOUL, ANTOINETTE

ANTOINETTE

Je parie que tu ne m'attendais pas.

RAOUL

Non, certes. Je n'aurais jamais cru que vous pénétreriez jusqu'ici.

ANTOINETTE

Tu me trouves un joli aplomb ?

RAOUL

Dont vous ne vous doutez même pas.

ANTOINETTE

J'avais une envie folle de te voir; les plus sottes idées me trottaient dans la cervelle ; je te croyais malade, fâché, ruiné !

RAOUL

Nous bavarderons ailleurs. Sortons.

ANTOINETTE

Laisse-moi m'asseoir deux minutes. Je fais quarante lieues pour venir te trouver et tu ne m'offres seulement pas un tabouret ! Cinq minutes seulement.

RAOUL

Et si ma femme entrait !

ANTOINETTE

Eh bien, elle entrerait. Je parle français comme elle. Je sais me tenir dans un salon, je ne suis pas la fille d'un chiffonnier. Je m'appelle la comtesse Bordogni. Elle peut bien venir, ta femme ; elle ne me fera pas rougir ?

RAOUL

Mais moi, moi, comment lui expliquerai-je votre visite ?

ANTOINETTE

Comme tu voudras ! Tu lui en as fait avaler bien d'autres ! Ce n'est pas étonnant du reste ; tu es un si joli homme.

RAOUL Je ne suis plus sensible à ce compliment. ANTOINETTE

On te l'a fait trop souvent, voilà ce que tu veux dire.

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