ACTE TROISIEME I
CLARISSE
Oui, mon ami, je le vois Adieu !
THÉODORE même jeu.
Réponds toi-même. Pourrions-nous vivre ensembleplus longtemps et être heureux comme par le passé ?
CLARISSE
Non, mon ami, nous ne le pourrions plus. Adieu !"
THÉODORE, même jeu.
A tout moment je me dirais : cette femme que j'aime, que j'appelle ma Clarisse, elle a porté un autre nom, un nom de guerre.
CLARISSE, avec véhémence.
Ah ! Théodore, tu es impitoyable ! Je ne pensais pas que tu irais aussi loin. Veux-tu connaître la
vérité ?
THÉODORE, solennel-
Oui, toute la vérité.
CLARISSE
Ecoute. Je t'ai dit autrefois, mon ami, combien, j'avais souffert avec la personne qui m'a perdue. C'était un être brutal qui méprisait les femmes.. Malheureuse et sans appui, je rencontrai Delaunay. Etait-il beau comme toi ? Je ne pourrais pas te le dire, je ne le reconnaîtrais même pas aujourd'hui. L'ai-je aimé ? Non, Théodore, tu sais bien que je n'ai aimé que toi. Le crois-tu ?
THÉODORE Mais vous oubliez...
CLARISSE Le crois-tu, que je n'ai aimé que toi ?
THÉODORE
Oui, Clarisse, je le crois ! Cependant vous lui avez donné votre portrait.
CLARISSE
Jamais Oh !
THEODORE
CLARISSE
Jamais!... Il me l'a pris. (Théodore rayonne.) Laissemoi finir. Delaunay était hardi, entreprenant; il avait affaire à une femme bien innocente encore; il me proposait de m'épouser quand il aurait une position, je cédai. Alors, mon ami, moi qui ne suis pas née pour le mensonge, je pris deux noms, puisque j'avais deux...
THÉODORE
N'achève pas ! Oh ! n'achève pas ! C'est bien, Clarisse, j'apprécie ce qu'une situation équivoque vous a inspiré de digne et de délicat.
CLARISSE
Un nom de guerre !
THEODORE
Ne le répète pas.