ACTE TROISIEME I2Ç
CLARISSE
Un nom de guerre !
THÉODORE
Eh bien ! oui, j'ai été trop loin ! mais aussi c'est trop souffrir. Adorer une femme, tenir à son cœur comme à une relique, être jaloux de son passé qu'on ne connaît pas, et y retrouver un homme qu'on connaît, un compatriote. Pour cette femme, avoir désolé sa famille, s'être criblé de dettes...
CLARISSE
Assez, Théodore, assez ! Parle-moi de ta douleur, je me l'explique ; parle-moi de ta famille, je la vénère ; mais que tu fasses intervenir une question d'argent dans notre amour!... Ah! respecte donc notre amour!
THÉODORE J'ai eu tort.
Traite-moi comme tu voudras, moi, mais respecte notre amour.
THÉODORE
Clarisse, je te demande pardon ! Pardon ! pardon ! Il se jette à ses pieds. — Pause.
CLARISSE
Mon ami, je suis heureuse de vous avoir donné cette explication avant mon départ.
THÉODORE
Quel départ ? Pourquoi pars-tu ?
130 L'ENFANT TRODIGUE
CLARISSE
Théodore, nos relations sont finies, vous n'avez plus le droit de me demander des comptes.
THÉODORE
Et si elles n'étaient pas finies ? Et si je te priais de ne pas partir ?
CLARISSE
Mon ami, je ne partirais pas. Je t'ai fait bien d'autres sacrifices, sans que tu le saches. Si tu étais raisonnable, tu me laisserais m'absenter... quelques jours seulement, le temps d'oublier cette épreuve.
THÉODORE
Mais où vas-tu d'abord ?
Dans ma famille. Tu ne crois pas que je vais dans ma famille ? Enfant, ne pourrais-je pas te tromper à Paris aussi bien qu'ailleurs, si je le voulais? Tiens, lis-donc, puisqu'il faut maintenant que je te donne •des preuves de mon amour.
Elle tire une lettre de sa poche et la lui donne.
THÉODORE, lisant.
« Belle Clarisse, j'ai quarante mille livres de rente, -c'est bien peu de chose à vous offrir. Cependant je les mets à vos pieds. Pouvez-vous vous contenter d'une existence si modeste, lorsque vous devriez habiter un palai/ ? » Palais avec un T.