SCÈNE III Les Mêmes, LA DUCHESSE
LA DUCHESSE, entrant^ au comble du chagrin bien que délicieusement habillée.
Monsieur l'abbé !... Ah I mon Dieu, croyezvous ?
Elle va tout de suite à Vabbé, effondrée, rapidement en larmes.
l'abbé, lui serrant les mains.
Je suis confondu, navré. Madame 1... Monsieur le duc vient de me mettre au courant de l'épreuve qui vous frappe... Je n'en reviens pas. C'est épouvantable 1 Une enfant qui avait fait une si bonne première communion !...
LA DUCHESSE
Et nous, pouvions-nous supposer ime chose aussi affreuse ? Dites, Monsieur l'abbé, vous n'aviez aucun soupçon, n'est-ce pas, de la conduite de Dianette, vous, pas plus qu'un autre ? l'abbé
Permettez-moi, Madame, de vous faire remarquer que, si j'ai conservé sur son frère un certain ascendant, vous ne m'avez pas amené Mademoiselle Diane avec une régularité bien grande ; je la voyais pour ses Pâques, à Noël, mais, enfin, je puis dire qu'elle ne me paraissait pas particulièrement visitée par les espérances religieuses.
LA DUCHESSE
Oui, je le sais bien, c'est de ma faute. Je l'ai dit à Amédée. Oh I je le reconnais, je l'ai laissée trop libre, je l'ai menée trop jeune dans le monde. Je suis une grande coupable.
Vous êtes une grande mondaine ; ce n'est pas tout à fait la même chose, Madame la duchesse.
LE DUC
Tu n'étais pas à la hauteur d'une éducation suivie, voilà tout.
LA DUCHESSE
Ah I vous n'avez tort ni l'un ni l'autre. J'ai moi-même trop négligé mes devoirs religieux. J'aurais dû prêcher d'exemple... mais, que voulez vous, c'est si compliqué la vie... les visites, les réceptions, les soirées, les théâtres... On nous fêtait beaucoup, elle et moi, nous étions très demandées, elle joue délicieusement la comédie, elle est de nature très gaie... ( Avec un soupir profond et naturel) et c'est si agréable d'être gai !
l'abbé, regardant le duc.
Evidemment ce doit être quelque chose comme ça !...
LA DUCHESSE
On croit toujours que sa fille vous ressemble, et, je vous prie de croire que, de mon temps, les jeunes filles...
LE DUC
Tu as parfaitement éle\é ton fils ; une fille, c'était plus difficile, plus périlleux. Ah 1 Monsieur l'abbé, le cri du paysan : « Je n'ai pas d'enfant, je n'ai que des filles ! »
l'abbé Evidemment... Et puis, on dit toujours : il n'y a plus d'enfant, mais des parents y en a-t-il encore beaucoup ?... Ne prenez surtout pas pour vous, Madame la duchesse...