‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 100 sur 114 · ACTE QUATRIEME iji · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME iji

DIANE

Oui... encore iin peu de temps... très peu...

Fais quelque chose de beau, Diane !... que je retrouve la petite patricienne que tu es restée au fond.

DIANE

Attends, Gaston !... Je tâcherai...

ARMATJRY, qui était resté, les bras croisés, dans une attitude hautaine.

Diane ! Que signifient ces paroles ?... J'écoute terrifié, impuissant, cette scène abominable que je voulais à tout prix éviter, et c'est toi, c'est toi qui faiblis ?... C'est toi qui parle de me quitter !... Quand j'ai le courage que voilà !...

Il s'est approché d'elle, anxieusement, comme pour lui parler à voix basse.

DIANE, vivement.

Que veux-tu, j'avais toujours prédit que c'était une chose impossible... il y avait trop d'amour et trop de haine. C'était sûr, on ne pouvait pas s'en sortir... Contre cette femme-là, je ne pourrai jamais rien I... Je suis vaincue d'avance... Gaston, réponds-moi, est-ce décidé ? Ce que tu viens de dire est bien ta pensée ?... Si je ne pars pas, c'est sur M que tu te vengeras ? Réponds.

ARMAURY, épouvanté, à Diane.

Mais il ne faut pas le croire !... C'est du chantage.

DIANE

Oh I je ne discute pas, je m'informe simplement... je fais une addition... un total...

i^a LA VIERGE FOLLE

GASTON, de toute son énergie, en fixant Armaury,

Rien, rien ne pourra me faire changer. Vous êtes en face d'un dilemme...

Fanny, muette, s^est accroupie sur elle-même. On dirait qu^elle guette, prête à intervenir,

ARMAURY, éclatant.

Ah I c'est trop, cette fois I... Hors d'ici I... Monsieur I... Sortons, vous et moi !... Tout ce que vous voudrez, soit, mais plus en présence d'elles î Venez donc ! Vous avez raison... Advienne que pourra !... J'en ai assez de cette inertie, j'étoufîe !.. A nous deux ! Sortons ! Et que cela finisse !

Diane sHnterpose et étend son bras jusqu'à toucher du doigt la poitrine de Marcel.

DTANE

Non, non 1... Calme-toi, Marcel I... A mon tour, je vais te demander quelque chose et pius ce sera tout !... (On la voit hésiter à parler, comme se recueillir, puis avec un effort immense, et les lèvres tremblantes^ elle dit .'j Pourrais-tu, sans mentir... ici... oui... pourrais-tu aller jusqu'à m'afTirmer que c'est moi que tu as le plus aimée, que c'est moi que tu aimes le plus 1...

Et alors, debout, elle enfouit sa tête dans ses deux mains pour ne plus rien voir, en attendant la réponse. Il y a un instant de stupéfaction générale, un silence d'angoisse et de malaise atroce. Le frère ,s'est approché, presque indigné, révolté de la ques^ % tion, il regarde Madame Armaury, avec commisération ; mais celle-ci n'a pas sourcillé. Seul, Marcel, accoudé à la cheminée, est en proie à une grande agitation intérieure..

ARMAURY, tout à coup.

Oui, je comprends... malgré la cruauté de la

Page 1