ACTE QUATRIEME
ARMAURY, croisant les bras.
A votre guise î...
GASTON
Sinon, il n'y a pas de protestations assez fortes pour exprimer à quel point je suis décidé. Perds tout espoir, Diane. Votre amour est sans issue. J'ai déposé ce revolver, cela veut dire simplement que je ne suis pas à des heures près. Où que ce soit, Monsieur, demain, un autre jour, n'importe, je vous certifie que je ne vous raterai pas.
ARMAURY, haussant à nouçeau les épaules.
Entendu !... Entendu I... Mais pour aujourd'hui, hors d'ici I...
Il semble qu'il va V empoigner de toute la force de sa colère contenue.
DIANE, hors d'elle-même, éperdue, désignant Gaston, Ah ! il le fera comme il le dit I Je le connais I... Mais il faut l'empêcher !...
FANNY, qui s^ était dissimulée dans le fond de la pièce, gravement, simplement.
Non, il ne le fera pas !... Et c'est moi, la femme... la femme légitime, qui le dis.
ARMAURY
Fanny I... Ah ! pas toi !... pas toi !... FANNY, en s'avançant, à Gaston,
Mais vous ne voyez donc pas, vous ne comprenez donc pas que, pour que je leur fasse grâce à tous deux, moi, et qu'en un moment pareil j'ose vous dire : « Laissez-les, laissez-les », il faut pourtant bien que ce soit cela la vérité ! Aucun crime d'amour ne vaut la mort... Vous êtes trop jeime pour le savoir... Allons-nous-en, Monsieur ! Al-
îons-nous-en pour toujours ! Devant leur amour, devant cette chambre d'amour, je n'ordonne pas, moi, je supplie, entendez-vous, je supplie... Que faut-il de plus pour que vous compreniez ?... pour que vous ayez pitié d'eux, de moi aussi, car je ne veux pas que vous fassiez du mal à celui que j'ai aimé en vain !... Et si ce n'est pas assez de supplier, voulez-vous que je me mette à genoux devant vous ?... Je le ferai!... Je le ferai!...
ARMA.URY, se précipitant pour Vempêcher.
Pas ça, r^'anny!...
DIANE, poussant un espèce de cri sauvage.
Ah ! je vous jalouse. Madame, je vous jalouse •d'être aussi belle I... C'est cette femme-là, Marcel, c'est cette femme-là que tu n'aurais pas dû quitter. Elle est sublime... Elle a le courage^ que je n'ai pas, celui du renoncement... J'ai honte d'être aussi lâche à côté d'elle... C'est avec celle- , là que tu aurais dû vivre. Elle aime !... Elle aime, \ plus que moi... Oh ! Madame, comme je vous i ai fait souffrir !... mais pour en arriver à une pa- 5 reille abnégation, ah! V3us devez éprouver une '^ bien belle ivresse !... Je vous l'envie !...
OASTON, profitant de ce moment pour lui prendre la main.
Eh bien, prends exemple... Elève-toi jusquelà. Allons, je vois, je sens que tu vas commencer à t 'éclairer et à devenir raisonnable...
DIANE
Peut-être, Gaston...
GASTON
Alors, viens. Tu vois bien que tu le dois, tu le ireconnais toi-même.