‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 109 sur 114 · SCENE PREMIERE ADRIENNE, ROSETTE, LE MARI · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE ADRIENNE, ROSETTE, LE MARI

LE MARI

Valet de cœur !... Une bûche !

ROSETTE, bas à Adrienne, ' Ge que tu me racontes est incroyable !

ADRIENNE

Ne le crois pas si tu préfères.

LE MARI

Dix de trèfle !

ROSETTE

Ge que tu me racontes, d'ailleurs, à deux pas de ton mari !

C'est bien meilleur.

ROSETTE

Lequel pourrait nous entendre !

LE MARI

Je les raterai toutes.

ROSETTE, bas.

Ne fais pas ça !

ADRIENNE

Quoi ça ?

LE MARI

L'as à la fin... ça y est, encore ratée ! Nous voilà à Lucerne pour huit jours.

ADRIENNE

C'est ce que tu demandais à la réussite ?

LE MARI

Parfaitement, je demandais si nous allions nous évader de cet hôtel, de cette purée de rastas, de cette pluie mortelle, avant la fin de la semaine... Bernique ! Heureusement, je ne suis pas superstitieux ! Veux-tu parier que je fais mentir les destinées et que nous serons en route d'ici deux jours ?

Pourquoi, mon ami ? Personnellement, je ne m'ennuie pas ; j'aime la pluie régulière, la vie d'hôtel cosmopolite que je ne connaissais pas. Nous vivons trop confinés et trop bourgeois à Paris ; nous voyageons trop peu et ce que je vois ici m'amuse, même l'ennui !

LE MARI

Tu n'as pas envie de descendre au moins vers une station du Midi ? Tu ne voudrais pas enfin revoir le gros blond ?

ROSETTE, levant les bras.

Qu'est-ce que c'est que ça, grand Dieu ?... Tu as un gros blond sur la conscience ou dans tes relations ?

LE MARI

C'est ainsi qu'avec dégoût Adrienne appelle le soleil ! Le blond !... La couleur exécrée !

ADRIENNE, du bout des lèvres.

Ah ! plus maintenant ; je profanais î

LE MARI

Pourquoi, plus maintenant ?

ADRIENNE

Les goûts changent... comme les couleurs !

LE MARI

C'est ennuyeux, puisque, moi, je reste brun.

Ne t'en plains pas. Un jour viendra où tu seras blanc. C'est pire !

LE MARI

Vous êtes d'une exquisité, toutes les deux ! Je rne réfugie au bar... ça vaudra mieux.

ROSETTE

Oui, allez retrouver mon mari en bas. Il regarde jouer au billard américain.

LE MARI

Au fait ! c'est une idée comme une autre. J'y vais. On ne saurait croire l'intérêt qu'il peut y

avoir à regarder jouer un jeu qu'on ne comprend pas !

ADRIENNE, profondément.

Comme c'est vrai !

LE MARI

Amusez-vous.

ADRIENNE

On tâchera !

Le mari sort.

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