ACTE PREMIER
l'abbé, sur un ton sincère^ mah un tant soit peu ironique.
Pardon... me le demandez-vous sérieusement ?
LE DUC
Par exemple !... Qu'entendez-vous par là ? l'abbé
Oui, êtes-vous de ces gens qui commencent par crier leur chagrin, puis après prennent leur parti des é\énements et les laissent aller ? Dans ce cas, je vous donnerai un bon conseil, un peu \ague, qui sentira l'eau bénite. Ou voulez-vous à cette pauvre enfant, maintenant dévoyée et déflorée, refaire au moins une âme ? Oh ! c'est une refonte complète qui est nécessaire, je \ous en avertis !... Bref, réclamez-vous de moi une consolation, banale, ou vous adressez-vous au prêtre que j'ai la prétention d'être, qui croit à la nécessité du devoir moral, à la beauté intérieure... et qui n'y va pas par quatre chemins pour dire aux gens ce qu'il pense ?
LE DUC
Nous savons que vous avez l'habitude un peu rude de la vérité ; nous ne la redoutons pas, n'est-ce pas, Gabrielle ?
LA DUCHESSE
Mais oui. Monsieur l'abbè, nous connaissons votre manière ?
l'abbé
Vous avez manqué incontestablement de clairvoyance. Madame la duchesse. Remplacez votre influence trop débonnaire par une influence décisive... Le mal est grave. Vous aimez Mademoiselle votre fille passionnément, n'est-ce pas ? Eh
bien, je le crois, ce qui s'impose, c'est une réforme totale; il faut l'amener à une rectitude qu'elle ne soupçonne même pas... afin qu'elle ne glisse pas à l'abîme. Ce n'est pas vous, a\ec votre train d'existence, qui parviendrez à rééduquer une enfant fantasque et gangrenée.
LE DUC
Alors que voulez-vous que nous fassions ?
La mettre dans un couvent pendant deux ans, jusqu'à sa majorité à peu près. Oh I mais je ne veux pas parler d'un couvent mondain comme étaient à Paris l'Assomption, le Sacié-Cœur, comme ces dames de la rue de Lubeck où vous l'aviez mise quelques mois ; ce qu'il faut, c'est une maison de retraite où elle sera censée finir son éducation à l'étranger, pour apprendre l'anglais par exemple, et où non seulement elle sera très surveillée, mais où encore l'influence d'une femme supérieure saura lui montrer, par une discipline de l'esprit, le droit chemin, et, peu à peu, obtenir le plus salutaire développement des forces qui sont encore en elle, j'en suis sûr... j'en répondrais.
LA DUCHESSE
Mon Dieu, Monsieur l'abbé, vous ne voulez pas parler d'une sorte de maison de correction I
l'abbé, souriant.
Vous n'y pensez pas ! Non, non ! quelle plaisanterie ! Je vous parle d'un de ces couvents comme le couvent de Picpus ; mais celui-là, malheureusement, ne reçoit plus de jeunes filles, il n'est pas autorisé. Et d'ailleurs il n'était pas assez éloigné de chez vous... Je crois que ce qui conviendrait