ACTE PREMIER 4i
DIANE
C'est pourtant comme ça... Il y avait trois semaines à peu près qu'il me suppliait de venir, et moi je ne voulais pas, je remettais toujours. Alors, il s'est mis à bouder, il m'a dit qu'il était très malheureux... J'ai cru qu'il allait partir... J'ai accepté... et exprès ce jour-là, parce que je pensais que justement je reviendrais après... (Elle baisse machinalement la voix.) cinq heures du matin, et que vous seriez partis ainsi que le garde.
Et tu as osé, tu as osé te lever, descendre nuitamment, t'en aller ?
DIANE
Il m'attendait au fond du jardin ; c'était convenu... il pleuvait à torrents ; je suis descendue sans souliers, j'ai traversé tout le jardin à travers les flaques...
Elle s'' arrête, la voix torturée,
LE DUC, impérieux.
Continue, continue...
DIANE, après une longue respiration.
Au bout du jardin, il m'a prise, il m'a enveloppée dans un grand manteau, il m'a portée... Nous avons traversé ainsi tout le village... Les chiens réveillés criaient à chaque maison... (Silence. Les yeux baissés, elle reprend.) A cinq heures du matin, je suis retenue toute seule. J'ai entendu au loin vos premiers coups de fusil, je suis montée ; maman dormait, je me suis recouchée... j'ai dormi...
LE DUC
Et cette équipée, prétends-tu, ne s'est pas renouvelée ?
DIANE
Non.
LE DUC
Là-bas, mais à Paris ? Achève... DIANE, après une hésitation.
Oui. (Le duc a un mouvement (V impatience, et tend le bras vers sa fille. Elle se lève, apeurée.) VouS lïl'avez demandé de parler, je parle !
LA DUCHESSE, bas, à son mari.
Amédée, je vous en supplie, nous savons maintenant tout ce que nous devions savoir.
LE DUC
Oui ! j'ai des choses d'une autre nature à lui dire, maintenant. Mais auparavant, pour clore le chapitre des souvenirs, veux-tu me faire le plaisir d'aller chercher dans ta chambre cette aquarelle qu'il a faite de toi, et qui orne encore ta cheminée ! Nous allons détruire avec joie ce petit souvenir-là. Tu en as d'autres qui te suffisent.
DIANE
Bien, j'y vais...
LE DUC, la retenant.
Rien ne presse d'ailleurs... Une seconde encore... Je dois te faire part de la décision que ta mère et moi...
La porte s'ouvre. Gaston de Charance entre.