‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 74 sur 114 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

(ï'en sortir ! Et si tu m'aimais, toi, si peu que ce soit, crois-tu que, depuis que je suis ici, tu ne m'aurais pas couverte d'injures ou serrée dans tes bras !..

ARM AU R Y

Fanny, ce n'est pas le désir qui m'en fait défaut !... mais je m'efforce au calme de toute l'énergie que tu me connais, je redoute l'éclat de nos sensibilités... Sans quoi...

Il a un mouvement vers elle. Fanny, le voyant, se lève, avec un mouvement de pudeur froissée.

FANNY

Oh ! je n'ai pas réclamé !... Je t'en prie... Toi aussi tu me connais, j'ai horreur des pleurnicheries, et je n'attache pas, mon Dieu, un tel prix à ma propre personne. Je ne serai pas comme tant d'autres, va... je n'irai pas crier sur les toits mon chagrin ni tes lâchetés : je tâcherai de me faire un veuvage très digne.

ARMAURY

Ah ! Fanny ! l'être d'élite et de distinction que tu es méritait mieux que ce que je t'ai donné ; tu valais tous les bonheurs... Fanny, je suis voué au silence devant toi et sois sûre que, si je ne tenais pas justement à éviter une explication profonde, une explication qui ne nous mènerait à rien de bon, sois sûre que je trouverais d'autres paroles et une autre attitude que celles auxquelles je m'efforce, auxquelles je m'accroche... comme à une consigne !

FANNY

Mais je les divine, tes paroles, va ! je les devine toutes ! Ne te donne pas la peine. Excuses, fatalité, pas d'enfant, obligation de me quitter, etc..

i3o LA VIERGE FOLLE

etc.. ! Merci bien !... je suis de ton avis ; pas de ces écœurements-là, pas de ces oraisons fimèbres qui doivent être plus vaines que la mort !... Non, des mots précis. (Elle se rassied.) Eh bien, je suis venue avec ces gens pour te poser, moi, une seule et unique question ; sois tranquille, pas plus, un oui ou un non !... Oh ! je, prévois d'ailleurs quelle sera la réponse, mais c'était nécessaire qu'elle me vint de toi, que je l'entendisse une fois de ta bouche... Je te jure, lorsque tu m'auras répondu, ce sera tout... je m'en irai très simplement, comme je suis venue... Voilà.

ARMAURY

Parle donc.

FANNY, hésitant tout à coup, hachant les mots.

C'est difficile à te demander... Enfin, à mots couverts, tu comprendras ce que je veux dire... Voyons... As-tu l'impression... que c'est pour la vie ?.. Comprends... Crois-tu que ce soit une de ces passions définitives qui tiennent toute l'existence... enfin?..

Elle ne continue pas. Les mots expirent. Elle attend^ le visage tendu anxieusement vers lui. Long silence. — Armaury est assis à une table, la tête cachée par une main. De Vautre, il caresse machinalement le bois de la table.

Ce que tu demandes là est sans réponse ! Comment veux-tu ? La vie, c'est bien long... (Il parle péniblement, lentement, très bas.) De plus, si je SUis évidemment dans l'état d'esprit d'un homme assez emporté pour sacrifier jusqu'à ses affections les plus chères, et...

FANNY, très vite en fermant les yeux.

Bon... compris... compris... Ne va pas plus loin... Pour que l'homme que tu es réponde

Page 1