ACTE QUATRIEME
DIANE
Ça t'a vexé ? D'abord, nous sommes en Angleterre ; c'est par pudeur...
ARMAURY
Tu crois ?... J'aime mieux le supposer,
DIANE
Ce sont des idées d'une heure du matin I Je prends vite mon bain et on se couche... Marcel ! c'est notre huitième nuit seulement ?
ARMAURY
Dépêche-toi. Il ne faut pas la laisser passer !...
Elle va dans la salle de bains. On entend ouvrir les robinets. Elle chante. Pendant ce temps, Marcel s^appuie sur la table, prend une cigarette et met la tête dans ses mains. On voit Diane jeter des petits coups d*œil tout en continuant de chanter^ et puis, elle s^approche très doucement par derrière Marcel.
Tu souffres ?
DIANE
Mais non.
DIANE, un genou sur la chaise longue.
Mais tu ne souffres pas parce que tu as revu ta femme, tu me le jures ?
ARMAURY
Ah ! je te le jure bien I II n'y a que Dianette sur la terre... Je te veux, unique I... et je veux ton bonheur, avec une rage, une ardeur... qui me rendraient hargneux et détestable pour tout le reste du monde 1
DIANE
' Bien.
i5o LA VIERGE FOLLE
ARMAURY
Dianette, tu m'aimeras toujours ? Dianette, tu ne m'éciiapperas pas ?
DIANE
Jamais, mon grand bien-aimé !
ARMAURY
Sait-on, avec ces enfants... car tu es une enfant ! Ça m'est égal, comprends-tu, de renoncer à tout pour toi, pourvu que tu me restes.
DIANE
Comment peux-tu garder encore un doute ?
ARMAURY
Parce que la jeunesse est un perpétuel mensonge... Les enfants mentent... ils ne savent même pas quelquefois qu'ils mentent. Tout est mensonge chez eux. Leur charme... leur sincérité... illusion !
DIANE
Tu vois, tu m'en veux, au fond tu m'en veux...
ARMAURY
Non, petite brute. C'est une fureur égoïste qui me fait parler I Sans quoi... je fais bon marché de ma douleur, de mes ennuis. Un feu de paille^ im feu de joie... de joie !... Allons bon ! qu^est-ce qu'il y a maintenant ? Tu pleures, Dianette ? j'ai commis le crime de te faire pleurer!
DIANE
Mais non, mon chou, mais non !
ARMAURY
Ah ! ce sont de bien grandes émotions pour toi, et de bien grandes complications aussi, Dianette... Je suis un imbécile; je devrais être plus simple. Pourquoi pleures-tu, dis ? Parle ?... Qu'as-tu ?...