‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 97 sur 114 · ACTE QUATRIEME i · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME i

si je suis là, rougissante, effarée de ce que j'ose faire, c'est à cause de vous ! Ah I que je vous hais de cela aussi ! de cette humiliation ! Mais j'ai juré que je vous mettrais au pas, et je tiens parole. Dites, répondez... Que venez- vous faire ici, quelle arme avez-vous dans votre poche ?

GASTON

Je viens chercher ma sœur ; je viens prendre Diane, et voilà tout...

FANNY

Allons donc ! Si vous n'aviez que ce dessein, seriez- vous ici à une heure du matin, auriez- vous loué cette chambre ?... De la franchise, au moins...

GASTON

Je vous certifie que je viens reprendre Diane ; il faut que je voie ce capon qui se cache, et me fuit avec la dernière des bassesses.

FANNY

Mêlez-vous donc uniquement de ce qui vous regarde, à la fin, vous, le frère ! Votre attitude, votre colère, tout est disproportionné...

GASTON

Non, Madame, parce qu'il y a en jeu notre honneur... Et il y a aussi ma haine, en effet... Ah je le hais ! Si vous saviez combien !... Il n'a pas seulement déshonoré wae fille de famille, il y a Jes conditions dans lesquelles il a agi... Celles-là sont impardonnables, abominables. Elles relèvent de moi seul, parce que seul, j'en ai été le témoin aveugle. Je le hais... je le hais, parce qu'il était notre ami, mon ami, parce qu'il a reçu mes confidences de jeune homme, parce qu'il me prenait le bras avec douceur et gentillesse... et, derrière moi, il accomplissait son forfait... Il avait

FANNY

i66 LA VIERGE FOLLE

toutes les hypocrisies avec le frère ; il s'occupait aussi de mes premières amours, il me ménageait des entrevues... Ah ! vous ne le connaissez pas, cet homme-là, vous ne savez pas encore ce dont il est capable, et c'est vous qui le défendez ! Pourtant, qu'il nous rende notre enfant, qu'il nous la rende et je le laisserai tranquille.

FANNY

Eh bien, commencez par exécuter ce projet et partez.

Non...

Si.

GASTON

Le lâche... Le lâche !... C'est vous qu'il a chargée de cette mission !... Il est là, verrouillé, ils sont là, tous les deux, à côté... C'est abject... (Criant.) Lâche ! Lâche ! Mais sortez donc !... Osez donc une fois vous montrer... L'homme capable de faire ce que vous faites, de s'abriter derrière les femmes, et qui utilise jusqu'à leurs terreurs, cet homme n'est même pas digne d'être souffleté... Vous entendrez au moins ma voix I... Lâche I... La porte s'ouvre. Armaury entre.) A la bonne heure, au moins !...

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