‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 133 sur 254 · ACTE TROISIEME i · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME i

chère maison l... A deux doigts du but... sentir que tout peut s'effondrer derrière moi !...

Il s'agite.

MADAME BOUGUET

Ne t'enfièvre pas ainsi pour rien !... Tes craintes sont insensées... puisque la blessure est insignifiante.

BLOND EL, intervenant et avec une énergie guerrière.

Je paierai de ma vie, Laurent, ce que j'ai fait, car je viens de me retrouver !... et tout entier, je te le promets !

Bouguet le regarde avec émotion, avec une nouvelle confiance. On dirait qu'une mortelle inquiétude vient de se dissiper .en lui.

BOUGUET, souriant doucement.

Merci. (Un temps. Il semble regarder au-dessous de lui comme pour y puiser l'inspiration.) AlorS... alorS... voici le grand moment venu I... Oui, le grand moment, le vôtre... celui que vous allez me donner, celui que j'attends de vous... et qui va apaiser mon âme inquiète... Après quoi je me livre aux médecins... (Ils écoutent, anxieux.) Si je meurs...

MADAME BOUGUET

Laurent, assez, par pitié !

BOUGUET, avec force, imposant une volonté suprême.

..,Si je meurs, vous allez me jurer que vous respecterez ma volonté testamentaire... Elle est irréductible, et, devant elle, vous vous inclinerez dans une stricte obéissance... Elle est ma dernière et ma plus ardente pensée... la seule... (Il se frappe le front.) La voici... C'est que vous oubliiez l'un et l'autre le ressentiment, la colère, le passé, nos gestes misérables, nos impuissances, et que, réunis comme les plus étroits collaborateurs, vous conti-

nuiez l'œuvre côte à côte... ici, à l'Institut même, afin que vous parveniez ensemble au triomphe !...

MADAME BOUQUET, reculant d'effroi.

Avec toi jusqu'à la mort, Laurent !... Sans toi, jamais !

BOUGUET, impérieux.

En mon nom, Jeanne, au nom de notre travail, au nom du devoir même... jure ! Tu le dois,

MADAME BOUGUET

Et toi, tu me brises... Je ne peux pas en entendre davantage !...

BOUGUET

Je n'aurai de repos que vous n'ayez fait le serment... (Suppliant et fiéoreusementf) Délivre mon •esprit... délivre... je t'en conjure !

BLOND EL, avec élan,

Bouguet, je comprends la beauté de ta pensée et de ton angoisse! Eh bien, en mon nom personnel, au moins, pour te rassurer, au cours de ta guérison proche et certaine, pour apaiser le tourment devoir avorter ton œuvre, ton effort et ta maison, sois tranquille... je m'engage de la façon la plus solennelle à expier mon crime dans le travail acharné, près ou loin de toi, le plus humblement possible, .dévoué à ta pensée vive... ou morte !

// a étendu la main. BOUGUET, Vémolion Vempêche de parler.

Merci, Blondel... (Il lui serre doucement la main.) Je vais aller bien mieux tout de suite, vous verrez... (A sa femme écroulée.) A ton tour, Jeanne... Ma chérie, tu as été une lumière précieuse, mais il faut un cerveau d'homme attelé à la besogne... Et puis, Bîondel, qu'on sache que j'ai voulu cela !..

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