‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 158 sur 254 · ACTE PREMIER a · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER a

directeur de conscience que je dois ma défaite, que...

FRÉDÉRIQUE

Ne le cFoyez pas ! Sans l'abbé Loyer qui a l'esprit si juste, si élevé, vous ne seriez pas ici à mes côtés... II a été plus indulgent devant ma douleur que je ne l'étais moi-même. Cent fois il m'a répété : « Luttez... tâchez de lutter contre cette affection. Mais la tache est dans la faute, elle n'est pas dans le sentiment. C'est déjà très beau que de sortir victorieuse d'un pareil combat. » N'est-ce pas que c'est le langage d'un brave homme ?

Ou d'un homme habile.

FRÉDÉRIQUE

Oh ! la religion doit être humaine, voyez-vous, sans quoi... sans quoi... (Elle pousse un gros soupir,) on ne pourrait pas 1...

JULIEN, sur le ton ironique des gens qui n'ont pas reçu d'éducation religieuse.

Je ne connais rien à ces subtilités spéciales !... J'estime que vous êtes aussi coupable du sentiment que vous le seriez de la faute...

FRÉDÉRIQUE

Vous n'entendez rien, mon ami, à la religion... Elle ne dit pas cela... J'ai peut-être tort de vous aimer, mais je ne suis pas coupable du péché mortel...

JULIEN

Aux yeux des hommes, la complaisance morale est pire.

FRÉDÉRIQUE

Alors, c'est que les hommes n'ont pas la cons-

cience aussi humaine que ceux qui ne sont pas des hommes !... Et puis, et puis, c'est tout ce que je peux, moi 1... Et, comme dit l'abbé Loyer, je trouve que c'est déjà très beau comme cela I... (Et il y a une expression excédée de la voix qui en dit long sur les luttes secrètes.)

A de pareils soupirs, on sent que vous avez le sentiment obscur que votre foi naïve n'est pas à la hauteur de votre intelligence et que votre sacrifice est une duperie...

FRÉDÉRIQUE, se levant et grave^

N'attaquez plus ma religion... il ne faut pas chercher à m'enlever cette foi-là, Julien.. Ce serait de mauvais ouvrage... Et dites-vous bien que, même n'y eût-il pas la religion, votre ennemi le plus terrible serait encore ailleurs, dans ma conscience. Même sans religion, je suis sûre que je ne me donnerais pas encore à vous !

JULIEN

Pourquoi ? Pourquoi ?

FRÉDÉRIQUE

Parce qu'il y a encore cette chose : le devoir... Je suis une bourgeoise qui ai contracté des tas d'engagements, en me mariant, et j'y crois aussi, à ceux-là... Mon mari et moi nous n'avons plus guère de liens moraux... mais je ne romprai pas le pacte de fidélité... Je me dois à mes enfants... Que voulez-vous ? Ce serait le bouleversement de toutes mes idées, de toutes mes croyances... Je n'ai rien d'une mystique... Je suis une femme saine et bien de mon temps, que ne hantent pas les scrupules et les contritions exagérées, mais je demeure convaincue que la religion et la société

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