‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 159 sur 254 · ACTE PREMIER aS · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER aS

nou3 interdisent la faute... Je suis aussi incapable d'y consentir de moi-même que de forcer un tiroir, de faire un faux... C'est instinctif... Cette malpropreté, si j'y cédais, aurait pour résultat que, dès le lendemain, je ne pourrais plus me regarder dans une glace... Ne le souhaitez pas !... Je vous jure que si cela arrivait, j'irai droit me jeter à l'eau...

JULIEN

C'est exquis !.., L'amour vrai ne parle pas ainsi. Sacrifiez-moi quelque chose de vous, votre salut éternel, ou vos devoirs d'ici-bas...

FRÉDÉRIQUE

Ah 1 autrefois, dans l'emportement de la jeunesse, qui sait ce que j'aurais fait ! Aujourd'hui, mon passéjtoutes mes traditions me l'interdisent... Vprès un certain âge on ne peut plus se refaire une âme... Je vous aime, Julien ; je vous donnerais ma vie s'il le fallait, mais ne me demandez pas un corps auquel vous ne devriez déjà plus jtenseT... (Soupir.) et que vous avez si peu de temps encore à désirer !

Elle s^est approchée de lui, gentiment, tendrement, avec une coquetterie inconsciente, et lui a posé la main sur l'épaule.

JULIEN

Ah I que vous regretterez plus tard, malheureuse !... quelles larmes vous verserez !...

Il lui a pris cette main et Vappuie à ses lèvres, — et ses yeux ont Vair de se perdre dans Vavenir,

FRÉDÉRIQUE

Je sais bien que je me condamne... La seule chose qui me console, c'est de me dire que, si j'avais été votre maîtresse, c'eût été pire... lorsque vous m'auriez trompée, quittée !... Oh ! cela se-

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rait arrivé fatalement... alors... Ah ! tenez, j'aime mieux ne pas y penser ! Ça fait frémir I

JULIEN, avec chaleur, essayant encore une fois de la tenter.

Moi ! vous quitter dans ces conditions-là 1... Comme vous me connaissez ! Essayez, et je vous serai attaché si solidement que je défierais quoi que ce soit de nous désunir, — même l'ultime vieillesse !... Non, vous ne savez pas ce dont j'aurais été capable pour vous !... Oh ! je suis sûr de moi, et...

FRÉDÉRIQUE, se détachant de lui.

Taisez-vous, alors... Ne faites pas luire tout le bonheur auquel j'ai renoncé ! Ah ! pourquoi ce revenez-y, aujourd'hui ?... Pourquoi renouveler ce débat qui nous a laissés si souvent épuisés et désolés... ici même... à cette place... sur ce banc ? Voilà près de six mois que vous sembliez avoir pris votre parti; Je vous en avais tant de reconnaissance !... Quand vous arriviez quelquefois, avec une figure épanouie, gentille, et que vous me disiez : « Tenez, je suis heureux quand même ! Je vous pardonne et vous êtes adorable, jusque dans vos refus », que c'était doux, Julien ! Que j'ai eu d'aise dans ces moments de paix, de compréhension intime I... Ces jours-là, que l'amour était beau ! Et maintenant, nous rabâchons ici de vilains remords...

JULIEN, se levant avec un coup de colère subite et terrible.

Mais savez-vous où vous allez, malheureuse... savez-vous ce que vous allez commettre ?

FRÉDÉRIQUE

Oh I vous me faites peur... Pourquoi cette colère, ce visage courroucé ?

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