ACTE PREMIER
TRÉDÉRIQUE
Oh ! Madame Bocquet !... Faites-moi la grâce d'un substantif moins lourd à supporter.
MADAME BOCQUET V
Si vous Youlez que je parle, ne me reprenez pas... J'emploie les mots que je connais !... Sincèrement, j'ai eu très peur pour lui !... J'ai trouvé toute cette intrigue avec la dame de son bienfaiteur déplacée,... je lui disais : « Prends garde. Monsieur Ulric peut s'apercevoir du jour au lendemain de quelque chose... il te donnera ton congé sans tergiverser. Et il aura raison 1... Tu peux nuire ensuite à la réputation d'une dame que tu paraîtras avoir courtisée pour t'élever au-dessus de ton rang... »
FRÉDÉRIQUE
Pourquoi cela ? J'aime à croire que vous n'avez pas une fois douté de mes sentiments, et de la pureté de nos relations à tous deux.
MADAME BOCQUET
Au commencement... Mettez-vous à ma place ! Je croyais bel et bien que mon fils me mentait. N'est-ce pas, avec ces jeunes gens, on ne sait jamais 1... Et puis, j'ai compris... mais alors, je n'en ai pas moins déploré une liaison qui a miné mon fils petit à petit.
FRÉDÉRIQUE, petit rire blessé.
Je ne vais pas jusqu'à vous remercier de votre pitié !
MADAME BOCQUET, se lève.
Voyez-vous, Madame, il vaut mieux terminer
là cette conversation qui ne peut nous mener à rien de bon, et que je n'ai pas recherchée.
FRÉDÉRIQUE, la fait se rasseoir.
Mais non, je suis sotte d'ironiser... je vous en prie...VÇtre souci est si compréhensible. Madame 1 Je ne sais jusqu'à quel point ont été les confidences de votre fils. Si vous connaissiez de quelle manière s'est glissé en moi ce sentiment, vous comprendriez qu'il n'y a rien à redouter pour Julien I II est paresseux, dites-vous ? Non, il est simplement distrait, et je confesse que j'ai pris trop de place dans sa vie, mais je suis décidée à l'aider mieux, à le faire travailler. II est jeune encore... Eh bien, il restera encore probablement trois ou quatre ans auprès de nous. Je ne demande que le bonheur de ces quelques années 1 Après, je commencerai à vieillir singulièrement, ses sentiments seront peut être émoussés... changés en amitié... on dit que c'est possible... Voyez, je vous fais des confidences bien intimes, bien osées, mais vous êtes femme, vous les comprendrez...
MADAME BOCQUKT, sans broncher.
Je crains fort, chère Madame, que vous aussi, vous n'ayez fait fausse route. Vous vous êtes trop exagéré, non pas les sentiments du garçon, mais leur valeur... Hé ! oui, mon Dieu, ces jeunes gens, il ne faut pas les prendre tellement au sérieux I Vous savez, comme on dit à la campagne, ils jettent leur gourme... Ça parle d'éternité, et puis, au fond, ce sont des étourneaux qui laissent bien des déceptions derrière eux.
FRÉDÉRIQUE
Ah ! ça ! voudriez-vous me faire douter de l'aiïection de Julien ?