ACTE DEUXIÈME
mon seul enfant ! J'ai tout espéré de lui, et sentir qu'il en est là... lui autrefois si brave garçon !...
BOCQUET
Car c'est fini, nous n'avons plus sur lui la moindre influence I Nous sommes à moitié fous, ma femme et moi, depuis que nous savons ça !... Que faire ?... Avertir qui ?... Sa femme ?... Avouez que ce serait trop cruel !... La malheureuse connaîtra toujours assez tôt sa situation ? Et cela n'empêcherait pas Julien, d'ailleurs, de partir avec cette aventurière. Donc, demain, peut-être ce soir, il faut nous attendre à apprendre que notre enfant s'est enfui, laissant derrière lui le malheur et le déshonneur !... Ah ! tenez ! que ne suis-je mort, Madame, pour n'avoir pas à juger tout cela !
// a une pauvre douleur, si sincère, qu*elle ne pourrait qu^ inspirer du respect.
FRÉDÉRIQUE
Je conçois sans peine votre chagrin... L'exposé de cette situation est en effet bien lamentable... Je vous plains, mais qu'y puis-je, et en quoi ma personne peut-elle être mêlée à tout ceci ?... Pourquoi êtes-vous venus à moi ? Car, de toute évidence, vous aviez un but en venant me trouver?
BOCQUET
Un but ! Oh ! c'est beaucoup dire... Nous nous sommes rappelés que Julien avait pour vous un culte véritable... Vous êtes le seul être au monde qui ait eu de l'influence sur lui. Tout ce que vous disiez, pour lui c'était sacré 1... Ah ! quand Madame Ulric avait dit quelque chose !... Un mot de vous, une phrase seulement le rappelant à sa conscience, à son devoir, et nous sommes sûrs qu'elle aurait, dans la circonstance^.
aja LES SŒURS D'AMOUR
un poids extraordinaire... peut-être décisif. Tout n'est peut-être pas perdu dans ce cerveau brûlé 1... L'empêcher de partir, mais ce serait déjà l'avoir sauvé 1 II faut qu'il se justifie, Madame, devant les actionnaires. Il faut qu'il lutte, qu'il parle, qu'il brave même !... Tout, mais pas ce départ affreux, cet aveu d'escroquerie... pas cela !... Un appel de vous, de Madame Ulric à sa conscience, au devoir, et...
FRÉDÉRIQUE, se levant.
Vous êtes prodigieux !... L'égoïsme des parents, vraiment, est une chose inconcevable !... Vous qui pleurez là. Madame, vous avez tout fait autrefois pour me briser net, quand d'autres combinaisons plus souriantes étaient en jeu !... C'est à moi que vous vous adressez maintenant, et avec quelle tranquille impudence ! La combinaison a manqué, tout s'effondre, et vous pensez à l'ancienne amie pour replâtrer le ménage... Bravo, Madame ! C'est signé, ça !... Je vous reconnais !
Nous ne venons pas dans un pareil dessein ! Nous osons seulement vous supplier de vous souvenir d'un enfant qui vous a beaucoup aimée. Madame, et qui va être perdu pour n'avoir pas écouté une parole de bon sens.
FRÉDÉRIQUE
Ah ! vous ne crânez plus maintenant !... Naguère, on redoutait tout de moi, mais maintenant, en effet, que peut-on craindre ? La bonne âme, on va aller la trouver... Il n'y a qu'à faire appel à son cœur I Peu importe la douleur qu'elle en ressentira, la mortification, l'humiliation... ça ne compte pas I Eh bien, vous avez mal calculé,