‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 198 sur 254 · ACTE DEUXIEME 3oi · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME 3oi

lit tout à coup d'une autre source, et me donne l'occasion d'être utile à ce que j'ai tant chéri, et qui allait sombrer dans l'infamie !... C'est une résurrection ! Hier c'était la mort, aujourd'hui c'est subitement la vie. Et voyez comme la Providence est charitable pour nous deux, puisqu'elle permet que nous nous ^et^ou^'^ons dans une région supérieure à nous-mêmes, un terrain inconnu de nous jadis, et où il ne peut être question de nos corps ni de ce qui nous a fait tant souffrir !... Il n'y a plus que nos pauvres âmes misérables, Julien I... ah ! oui, très misérables ! La Providence fait bien les choses I (Elle ^s^approche, se penche, la main sur Vépaule de Julien ) Comprenez-moi. C'est relever votre âme et la sauver que je veux, Julien ! Si vous étiez croyant, vous comprendriez que plus le sacrifice est bas, plus l'àme y puise sa lumière 1... Je crois à la vertu qui sauve, comme je crois en Dieu!

Elle est là, prés de lui, maternelle, persuasive.

Je comprends par quels chemins de remords vous voulez m'entraîner au bien !... Mais cette régénération comment l'attendrais-je ?,Tout seul I... (Timidement.) Ah I si je pouvais compter sur une aide morale de votre part, si je pouvais vous voir, vous parler... si vous m'apportiez de temps en temps le secours de votre présence, de votre influence... Il ne s'agirait plus alors seulement d'une aide matérielle... En un mot, si j'étais encore votre élève !...

FRÉDÉRIQUE, très simple.

Mais ce n'est pas impossible !

JULIEN, d^une voix changée.

Vrai ?... Vous entreverriez la possibilité ?...

3o2 LES SGEXJftS D'AMOUR

FRÉDÉRIQUE

Peut-être... si cela doit vous aider... vous soutenir... Je me sens maintenant assez transformée pour pouvoir, de temps en temps, vous approcher...

(Il se lève. Elle se dégage légèrement.) avec précaution du moins... Ce qui m'eût été impossible, il y a quelques années, ne l'est plus maintenant, avec un devoir grave, un but devant les yeux... Je peux être votre sœur d'âme..- une sœur sévère et redoutable, JuUen.

J'XJLTEN, maintenant les yeux animés, et avec <élan.

Vous feriez cela ?... Vous le feriez ! Ah ! dans ces conditions, ce serait tout autre chose!... Tout autre chose ! Elle me deviendrait légère, la dette la plus lourde, la plus infamante, si elle me rapprochait de vous 1 Je gagne trop au change pour hésiter dans ce cas une seconde !... Mais le ferezvous ? Le ferez-vous ?... Non, non, vous sentez que je n^accepterais pas votre proposition, s'il n'y avait cette entente à la base ! C'est un appât pour me faire accepter... J'ai compris le stratagème... Après, vous m'abandonnerez à moimême^.. Pourriez-vous d'ailleurs, après cela, jeter sur moi lin regard qui ne soit pas un regard de mépris ?

FRÉDÉRIQUE

Le temps donne à l'amour des puissances qu'il n'ant^ait pas auparavant.

JULIEN

Encore autre chose 1... Jurez-moi que cet argent, comme vous me le proposiez tout à l'heure, ne viendrait pas de vous directement, que vous me feriez accepter une garantie, le temps de me retourner, de passer cette dette en mon nom... de la racheter...

Page 1