ACTE TROISIÈME 3li
ÉVELINE
Vous acceptez, en tout cas, de me faire profiter de votre grande expérience et je vous en suis très reconnaissante. Je progresse depuis que vous avez bien voulu vous occuper un peu de nous... Je ne me faisais aucune idée, je l'avoue, et vous l'avez bien vu, de la direction d'un ménage !
FRÉDÉRIQUE
Je n'ai pas eu de mal à le constater 1 Et l'intérieur, pour un homme, c'est presque tout, ma petite.
ÉVELINE
Maintenant, je suis en train de devenir épatante.
Le domestique qui avait apporté le sucre s^en va. FRÉDÉRIQUE, souriant.
Évitez de dire ça devant les domestiques. Ne montrez pas que vous n'avez pas l'habitude.
ÉVELINE
C'est juste. Comme il y a cinq jours à peine que j'ai un valet de chambre, vous comprenez, je manque d'aplomb. Devant une femme de chambre on a moins à se surveiller.
FRÉDÉRIQUE, riant.
Vous êtes un amour !
Elle regarde à son poignet.
ÉVELINE
Vous regardez l'heure ?
FRÉDÉRIQUE
Oui.
ÉVELINE, appelle le domestique dans la salle à manger» Dites-moi, François ?
3ia LES SŒURS D'AMOUR
LE DOMESTIQUE, de la salle à manger.
Madame 1
ÉVELINE
Lorsqu'il a téléphoné, Monsieur n*a pas dit à quelle heure exactement il rentrerait ?
LE DOMESTIQUE
Non, Madame. Monsieur m'a téléphoné simplement ce que j'ai répété : «Avertissez Madame et Madame Ulric que je suis retenu par l'inauguration, que je ne viendrai pas déjeuner, mais tout de suite après le déjeuner. »
ÉVELINE
C'est bien !... Que Marie m'apporte les cartons à chapeaux qui sont dans ma chambre. (Le domestique sort.) Cette inauguration 1 J'aurais voulu y être... C'est un véritable triomphe pour Julien 1 Ah ! il en a eu du mal !... Je suis sûre que le conseil d*administration, à l'heure actuelle, se confond en félicitations...
FRÉDÉRIQUE
Oh I moi qui ai plus que vous l'habitude de Paris, je puis vous assurer que les conseils d'administration ne se confondent jamais en remerciements.
ÉVELINE
Comme je suis contente aujourd'hui ! Comme je suis contente, depuis quinze jours que nous nous sommes décidés à augmenter notre train de vie, notre personnel ! Je ne vous ai pas toujours confié la vérité, mais à certains moments, je sentais bien que Julien avait des ennuis d'argent. Vous avez dû constater, du reste, des gênes sérieuses dans la maison quand vous veniez... Mais si... mais si... Julien avait une dette importante,