‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 236 sur 254 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

JULIEN, changeant de ton et avec une grande autorité^ presque calme, tant U s^efforce à la rendre puissante.

Non, Frédérique, vous ne partirez pas !... Non, Frédérique, vous ne rentrerez pas chez vous 1

FRéoÉRIQUE

Mais si, il faut que je m'en aille tout de suite I Puisque vous n'avez pas voulu empêcher cette catastrophe quand vous le pouviez, eh bien, toute seule, seule au monde, j'essayerai de la conjurer encore 1 U faut que j'arrive à temps, que je parle à mon mari, que je devance le danger... qfue...

JULIEN

vous ne devancerez rien! D'abord, Ulric est déjà en route 1... Frédérique, vous ne reviendrez plus jamais chez vous ! (Elle reste béante devant Faffîrmation catégorique. )You8 aurez beau me regarder avec cet air égaré, je vous dis que ma résolution est prise. Et vous-même, vous en avez le pressentiment. C'est à deux que nous allons partir, que nous allons quitter nos foyers brisés 1

FRÉDÉRIQUE

Mais, c'est impossible, Julien 1... C'est impossible 1...

JULIEN

Nous devions fatalement en arriver là, un jour ou l'autre. La vie nous réunit, malgré tout, et malgré toutes les forces que nous lui avons opposées.

FRÉDÉRIQUE

Mais je n'y consens pas, Julien !... Jamais je ne

vous en ai donné l'espoir !... Il n'a jamais été question que nous pussions un jour nous réunir, ni que je doive vous appartenir !... Vous m'aviez promis de ne plus faire qu'un seul effort, celui d'aimer votre femme !... Pourquoi abusiez- vous de ma crédulité ?... A quoi donc vouliez-vous m'amener ?... Comment, vous saviez que cette femme possédait des armes aussi terribles et vous ne m'avertissiez pas du danger ! C'était votre devoir... Vous avez mal agi !...

JULIEN

Et 81 je vous disais maintenant que depuis un an, depuis l'époque où je vous ai retrouvée, cent fois j'aurais rompu, si la crainte pour vous de ce qui vient de se réaliser, ne m'avait toujours fait capituler ! Comprenez maintenant la raison de ma lâcheté apparente!... Ah I mais, tant pis, je n'en pouvais plus ! Tant pis si j'ai secoué le joug ce matin, ou plutôt, tant mieux ! Voyez-vous, dans la vie il y a toujours un être, un être vulgaire, généralement une femme, qui surgit au milieu d'existences tourmentées, et, d'une lettre dévoilée, d'un mot, déclanche un drame effroyable. Seulement, cet être vague déclanche aussi des événements supérieurs, graves, tragiques, que toutes les consciences en jeu n'avaient pas la force d'appeler à leur secours. Frédérique, malgré tout et malgré nous-mêmes, nous touchons au but 1

FRÉDÉRIQUE

Non, cela ne sera pas... ! En ce moment, il y a dans une voiture quelqu'un qui serre les poings et son cœur bat ! bat !... quelqu'un qui voudrait déjà être là... qui va monter l'escalier... qui va... (D^épouvante elle ferme les yeux.)

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