‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 24 sur 254 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BOUQUET

Parle, je t'écoute, ma bonne amie.

MADAME BOUGUET

A une époque de ta vie présente ou passée, n'astu pas cédé à un caprice... Enfin, n'y a-t-il rien eu entre Edwige et toi ?...

BOUGUET

Mais, jamais de la vie, par exemple I

MADAME BOUGUET

Je te demande de m'éclairer en cette minute. Tu sais bien que je saurais supporter cet aveu, surtout fait dans des conditions pareilles... Non, laisse-moi parler. Je tiens à ce que tu connaisses toute ma pensée...

BOUGUET

Je t'écoute sans broncher. Va 1

MADAME BOUGUET

Quoique absorbé par notre travail, un homme de ta sorte peut avoir éprouvé des entraînements que j'ignore ou auxquels je ne me suis pas assez attachée, non par dédain, certes, mais par supériorité peut-être... Ce qu'il y a de beau, d'admirable et de suprême, c'est notre union indissoluble. Laurent, notre collaboration d'âme, jour à jour, heure à heure, qui a fait de nous un bloc, je crois qu'on peut le dire, une véritable unité... Ça, c'est intangible... Mais tu es un homme recherché, encensé... si, si, je sais la séduction que tu imposes à ton cours... Enfin, si cette séduction a été pour toi, à quelque heure que ce soit, un entraînement, si la chair a été tentée, si tu as éprouvé des désirs... eh bien, il faut me le dire, Laurent, Je suis de taille à supporter cet aveu, à condition que rien n'entame par exemple notre belle union et

notre amour ! Ce ne serait pas la peine d'être la compagne de tes idées, ni une scientifique plus élevée que ne le sont les bourgeoises vulgaires, pour ne pas donner leur exacte valeur à des gestes secondaires... Et puis, tu es un homme !... Les femmes ont toujours, tu le sais, du mysticisme, du fanatisme qui limite leur champ de conscience... toi, pas : ta force a quelque chose de vraiment terrien, et parce que tu e» plus profondément enraciné... qui sait ?... Sois sincère, à cette minute... je l'exige de toi... Oh ! je ne récriminerai pas en ce cas... je n'entrerai pas dans des détails oiseux... Si tu as eu avec Edwige une aventure que j'ignore, eh bien, devant un état de choses nouveau, nous chercherions à deux une solution très nette, et avec de la volonté nous y parviendrons. Ce serait très simple, tu verrais, très simple... On l'éloignerait sans avoir l'air de rien... on lui chercherait une situation sortable en dehors d'ici. (Elle s'arrête gênée.) Eh bien, voyons... aidemoi... parle, parle I

BOUGUET

Ma bonne amie, tu m'as demandé de me taire, je me suis tu résolument !... Et que veux-tu que je réponde, d'ailleurs.. Je demeure abasourdi.., abasourdi est le mot !...

MADAME BOUGUET

Ce n'est pas vrai, alors ?... ma supposition était absurde ?...

BOUGUET

Mais elle frise la folie, simplement I Plaisanteries de carabins entre eux... sur le patron. Ce sont des blagues d'étudiants. Qui a pu te faire douter... et à quel propos, d'abord ?

MADAME BOUGUET

Ah ! c'est qu'aussi, Laurent, à certaines heurea

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