‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 38 sur 254 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

l'erreur... mais, à force d'étudier la \ie, voilà... je suis peut-être hors de l'humanité !...

Il se considère, ému, d'un œil intérieur, presque natf^ et son poing au menton.

EDWIGE

C'est fini !... Brute que je suis, je viens de donner mon coup de grâce !...

BOUGUET

D'ailleurs, je vais me fixer moi-même là-dessus Il faut que je cause avec Blondel...

EDWIGE, sursaute.

Vous allez lui févéler ?... Vous allez...

BOUGUET

Jamais de la vie I Je resterai dans les généralités les plus grandes. Mais ces généralités m'éclaireront. D'elles se dégagera manifestement le parti que je dois prendre. Je vais le voir ; je crois qu'il partage mes idées... mais je p^iis me tromper !... Peut-être sommes-nous à mille lieues l'un de l'autre... Nous ne parlons jamais ensemble de ces questions d'amour et de sentiment... Peut-être n'est-il dégagé d'aucun préjugé... Peut-être est- il attaché aux traditions. Je ne crois pas... c'est un simple, un véridique et un sain... Je verrai. En tout cas, ce qui m'importe, maintenant, c'est de me répondre à moi-même !... Je vais lui parler, j'éclairerai en même temps ma conscience, et, d'ici un quart d'heure, je saurai si je dois ou non autoriser ce mariage. (Il sonne.) J'appelle.

EDWIGE

Tout de suite ?

jo LES FLAMBEAUX

BOUGUET

Immédiatement. Pour l'instant, descends retrouver ma femme. Tu vas la rassurer, quoi qu'il advienne de toi par la suite, en lui disant à peu près ceci : « J'ai réfléchi. J'accepte, Madame, de grand cœur. Et je suis toute joyeuse. » Trouve un prétexte à ton humeur et à ton changement contradictoire... Mais, j'exige de toi, tu entends bien, (Avec force.) ceci est indispensable... que ma chère femme soit délivrée de tout soupçon, dans le même temps que j'aurai conversé avec Blondel... Arrange-toi... c'est ton affaire... Je me fie à ton intelligence et à ton cœur !

EDWIGE

Je le promets...

Entre le garçon de laboratoire,

BOUGUET

Arthur, voulez-vous prier Monsieur Blondel de venir à la minute dans mon bureau... (Ilsoru) Plus un mot !... Va !...

Je serai soumise, obéissante... (Triste,) La part la plus belle de ma vie est désormais terminée. Le reste est dans vos mains. (Avec timidité.) Mais puisje savoir ce que vous allez dire à Monsieur Blondel...

BOUGUET

Non. Tu n'as plus à intervenir dans ce qui va être dit par nous deux... La partie de conscience qui se joue et se consomme autour de toi ne te concerne plus... Laisse faire et va... Pour l'instant, tu es une entité !...

Elle sort, respectueuse, humble.

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