‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 39 sur 254 · SCÈNE XI BOUGUET, BLONDEL · texte numérisé non relu

SCÈNE XI BOUGUET, BLONDEL

Blondel entre quelques instants après. BLONDEL, gai.

Tu as besoin de moi ?

BOUGUET

Pas précisément, mais je serais heureux de parler un peu avec toi de ce déjeuner, d'avoir tes impressions...

BLONDEL, épanoui.

Mon cher, je viens de les accompagner. Ils sont littéralement épatés, épatés, je ne trouve pas d'autjre mot... sauf Barattier.

BOUGUET

Pourquoi Barattier ?

Il est jaloux... (Ils rient tous deux.) Mais je suis bien content... bien content, va !... Et comme nous avons eu raison d'attendre, conmie nous sommes plus forts de notre dernier mois de travail. Nous voilà sur le premier palier. On peut se regarder en riant, hein !

BOUGUET

Eh oui, mon cher Blondel, ce n'est pas mauvais de s'imposer, de temps en temps, une espèce de dimanche, un septième jour où l'on juge la situation, où l'on peut, sur le palier, comme tu dis, jeter un coup d'œil d'ensemble sur sa vie, sur son effort. Cela donne du cœur pour la dernière ascension.

BLONDEL

Je ne peux que te répéter une chose cent fois

ja LES FLAMBEAUX

dite : nul, lundi prochain, ne sera plus content que moi de votre bonheur à tous deux...

BOUQUET

A tous trois, Blondel, à tous trois.

BLONDEL

Oh ! moi... ne crois pas que ce soit par modestie que je tienne à mon rang de collaborateur... Je désire rester derrière le couple... Ce que j'éprouve, moi, c'est le plaisir intrinsèque de la recherche pour elle-même, comprends-tu ? Je n'ai pas dans ma vie un coefficient réel de bonheur.

BOUQUET, saisissant Voccasion.

Que veux-tu dire par là ? Tu veux insinuer que plus jeune que moi, tu n'en es pas encore à cette période du coup d'œil terminal sur la vie réalisée...

BLONDEL

Oh ! non, ce n'est pas ce que je veux dire, car je ne suis guère plus jeune que toi, Bouguet...

BOUQUET

Oui, mais un célibataire a toujours l'avenir devant soi... la route ! En principe, mon ami, c'est moi qui dois disparaître le premier et toi qui devras continuer la tâche, la nôtre, toi qui seras directeur de l'Institut Claude-Bernard...

BLONDEL

Allons, allons, fichue conversation ! Ne nous attendrissons pas sur nous-mêmes ! Nous allons dire des bêtises larmoyantes, ce n'est pas notre genre.

BOUQUET

Mais, au fait, puisque tu viens de prononcer instinctivement le mot de bonheur et que tu nous désignes, Jeanne et moi, avec une petite nuance de regret, justement, ne crois-tu pas que tu ferais

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