ACTE PREMIER
bien de nous imiter et de t'adjoindra une compagne ?
BLONDEL
Me marier ?... Ouff !... je resterai toujours un vieux célibataire. Je suis né dans la peau du célibataire type. Regarde ma tête, c'est le célibataire congénital... Tu ne m'as jamais vu marié, avoue !... Il y a des gens qu'on ne voit pas mariés... Je suis de ceux-là.
Tu ferais le meilleur des époux.
BLONDEL
C'est possible, d'ailleurs.
BOUQUET, essayant d'amener la conversation à son point décisif.
Après tout, je dis le meilleur des époux, et tu acceptes cette hypothèse... mais, qu'en sais-je ? Car nous ne parlons jamais, mon cher Blondel, au milieu de toutes nos idées fixes, de ta vie privée, de la façon dont tu la conçois, dont tu l'organises.
BLONDEL, rt(.
Ah ! il est de fait que nos conversations ne sont point remplies d'histoires de petites femmes !
BOUQUET
Et c'est peut-être un tort, Blondel, de ne pas s'avouer plus profondément... Il faudrait aller jusqu'au bout de sa sincérité. Renan, Berthelot pensaient, en amitié, le contraire ; ils avaient tort. On s'apprécierait mieux en ne laissant pas dans l'ombre la plus petite part de soi-mêmes.
BLONDEL
Je t'en prie, je t'en prie. Ta femme m'a rasé quelquefois avec ces histoires de mariage...
BOUQUET
Pourtant, tu y as pensé quelquefois 1 Quelle conception te fais-tu de la femme... du moins de l'épouse, de la femme d'intérieur ? Je serais curieux de la connaître.
BLOND EL, d'abord étonné, puis sincère, cherchant en lui-même.
Quelle conception ? Celle de tout le monde... Oui, quelquefois, j'ai songé à la femme... comme un bouquet dans une maison, une chose parfumée, très douce... Pas plus... Oh ! je ne me fais pas une conception pathétique de l'amour, non ; mais quelquefois on rêve de cela, le soir. Je n'ai jamais ambitionné une compagne admirable et qui ne se retrouve pas, comme la tienne... Pas d'associée... Mon Dieu, je n'aurais pas été difficile, évidemment ! Un petit bout sous la lampe... qui cause, qui brode, qui vous apporte un peu sa gaieté du matin, de la journée... Penh ! il ne faut pas y penser... Trop tard î...
BOUQUET
Mais, sais-tu bien que c'est une très jolie conception de la femme et fort juste... Je pensais bien que telles étaient tes idées. Ceci ratifie cela,
BLONDEL
Impressions de bourgeois et l'on a tort de les éprouver. C'est mesquin.
BOUQUET
Pourquoi donc ?
BLONDEL
Si, l'on a tort... mais on les éprouve tout d€ même devant le grand bonheur des autres, quelquefois devant le tien que j'ai parfois envié, bien qu'il ne fût pas à ma taille... et, quelquefois auBsi, simplement, dans la rue, par certains soirs de