‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 42 sur 254 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BOUGUET

Un obstacle, d'ailleurs, qui n'aurait dépendu que de toi-même, de ton propre jugement... Peutêtre es-tu au courant ?

BLOND EL, hésitant.

De quoi ?... Je ne comprends pas.

BOUGUET, lent, en le fixant attentivement.

Eh bien, as-tu connaissance qu'il y ait eu, dans le passé d'Edwige, autrefois, oh I une histoire simple, très banale, un amour trahi... (Blondel le regarde.) Un jeune ofïîcier...

BLONDEL

Ah 1 oui I... Je connais... Oh ! ça, ça n'aurait eu, à mes yeux, aucune espèce d'importance. Oui, je sais, une erreur de jeune fille. Oh ! mon Dieu, je ne suis pas de ceux qui attachent au mot de virginité cette sorte de vénération exclusive...

BOUGUET, soulagé.

A la bonne heure ! Voilà qui est encore très bien pensé et très digne de toi. Je ne m'illusionnais pas sur tes propres sentiments. Alors, pourquoi ce mariage ne se ferait-il pas, du moment que tu as la supériorité, dont je te félicite, de n'être point l'esclave d'un préjugé?...

BLONDEL, nerveux.

Mon cher, ne prolongeons pas cette conversation oiseuse, je t'en supplie...

BOUGUET

Blondel, tu aimes cette petite... c'est clair comme le jour... et elle admet cet amour.

BLONDEL

Ah ! pour le coup, tu te moques de moi ! Pourquoi d'abord songerait-elle à moi ?

BOUGUET

Qu'importe la raison ? Je te certifie... nous y avons tous réfléchi... Ton bonheur est là, et le sien par-dessus le marché !...

BLONDEL

Lui aurais-tu fait part de ces idées saugrenues?...

BOUGUET

Ma femme l'a fait à mon défaut...

BLONDEL

Ça, c'est admirable !... Ta femme s'occupe de moi, comme une mère !... (Incrédule.) Et Edwige a admis ce projet ?...

BOUGUET

Certainement.

BLONDEL, méfiant.

Voyons... alors, comment Madame Bouguet ne m'en aurait-elle jamais parlé ?...

BOUGUET

L'aveu est peut-être récent, très récent. BLONDEL, hausse les épaules.

Ta femme s'est fichue de toi... ou de moi, ce

qui est plus naturel !... (Puis, revenant à ta charge.) Elle t'a vraiment dit ça ?

BOUGUET, souriant.

Tu vois bien que nous sommes documentés... Ma femme m'a dit qu'elle connaissait depuis longtemps ton affection pour Edwige et qu'elle le tenait de toi-même.

BLONDEL, après une hésitation.

De moi-même ?... Ça, par exemple !... Une seconde. Veux-tu sonner Arthur, s'il te plaît, un ordre à donner.

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