‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 93 sur 254 · ACTE DEUXIÈME i · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME i

outre en haussant les épaules !... Or, suppose que cette affection., à de certaines heures, l'ait poussée à me demander quelques réconforts, des conseils. Suppose justement que ce soir, douloureuse, presque malade, elle ait voulu s'épancher, se réclamer d'une amitié ancienne, paternelle...

BLONDEL

Assez I Excuse inepte !

BOUGUET

Alors, c'est sans doute que la vérité est difïicile à reconnaître.

BLONDEL

Non, elle n'est pas si difficile à reconnaître... car, subitement, en une seconde, on comprend tout, même si l'on a mis des mois ou des années à s'égarer et s'aveugler !... Je la démasque très bien maintenant, cette vérité-là... Dans les mots embrouillés que tu viens de prononcer je distingue ceci, en effet, et clairement : c'est que tu n'es pas son amant ! Ça, ce doit être vrai !

BOUGUET

Tu vois bien !

BLONDEL

Tu ne l'es plus, mais tu l'as été I... Pour la première fois, les mots te trahissent, Laurent. Les mots te trahissent... et ton visage, lui aussi, te trahit, ton visage de mensonge et d'hypocrisie, ta face d'orgueilleux féroce...

BOUGUET

Ah ! en voilà assez ! Je ne te permets pas d'en dire plus !... Du jour où j'ai connu, je ne dis pas ton amour, mais seulement, entends-tu, la naissance de ton affection pour elle, je me serais fait tuer plutôt que d'être auprès de cette enfant autre chose que son ami le plus réservé !

x44 LES FLAMBEAUX

BLONDEL

Alors, c'est l'aveu ? c'est l'aveu du passé ?... Donc, à une heure quelconque, autrefois, tu l'as eue... Elle a été ta maîtresse 1... Canaille !

Il se précipite sur lui.

BOUGUET, se dégageant.

Voyons... nous n'allons pas nous colleter comme des croquants ou comme des écoliers !

Oh ! pas d'orgueil, mon vieux 1... Tu peux laisser ta superbe pour d'autres occasions ! Ne t'abrite pas derrière ta gloire !... Elle ne te sauvera pas !... Ne te crois pas un tabou national... Quand on a fait ce que tu as fait, on est le dernier des lâches, on mérite toutes les coi-rections et on les reçoit... Tu as escompté que, le jour venu où la vérité éclaterait, je serais l'être chétif, le subalterne d'avance vaincu et résigné... L'habitude de la hiérarchie... Quelle farce I Non, tu as devant toi un amoureux, un simple amoureux dont le cœur est déchiré par toi... Car je l'aimais... ah ! comme elle était devenue ma femme, cette femmelà !... M'avez-vous assez trompé tous les deux I Et dire qu'elle est là, qu'elle pense à toi 1... Dieu que c'est douloureux ce que j'éprouve là ! Dieu ! que c'est mauvais ! que c'est mauvais l

// s*appuie.

BOUGUET, épouvanté.

Blondel, je sens au fond de moi saigner nos vingt ans d'amitié et toute ma tendresse. Je ne suis pas coupable de ce que tu crois. Ces bassesseslà ne sont pas de mon domaine. Si je suis coupable de quelque chose, voilà... voilà... c'est d'avoir voulu, comme toujours, équilibrer les forces de la vie. Il est fou de vouloir être sage,

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