ACTE PREMIER a
GABRIEL
Je ne suppose rien de mal. Je te sais un excellent cœur, mais...
JEANNE
Ah ! tu vois...
GABRIEL
Mais enfin, tout de même... la moindre imprudence de parole de ta part et le moindre soupçon de leur part à eux, ce serait terrible... terril» I En as-tu calculé la conséquence ?... Et je ne pourrais plus m'occuper de toi jamais.
JEANNE, allant vers le berceau, et lui faisant signe de se taire.
Prends donc garde ! A force de crier, tu vas réveiller le petit.
GABRIEL
Je suppose que tu n'as pas à te plaindre de moi. Je fais ce que je peux.
De toi ! Ah ! bon Dieu, non ! Tu fais même plus que tu ne peux, et ça m'ennuie tant que tu t'endettes pour moi I C'est pour ça que je veux me remettre à travailler, et ferme. A ton âge, tu as été obligé d'emprunter beaucoup trop.
GABRIEL
Mais non, ça ne compte pas !
JEANNE
Je n'oublierai jamais que tu n'as même pas eu la pensée de me souffler un mauvais conseil, malgré les charges et les ennuis que j'allais te créer.
y54 LA CHAIR HUMAINE
GABRIEL
Qu'imagines-tu, voyons... Il ne manquerait plus que ça.
JEANNE
Dans ton affolement, car tu as été affolé, avouele, tu aurais pu me persuader d'abandonner le petit ainsi que l'a fait le père de l'enfant d'une de mes camarades. Il lui écrivait, — j'ai lu la lettre : « Abandonne-le dans un champ de betteraves. De braves paysans le recueilleront. » On est toujours brave dans de pareilles occasions l
GABRIEL
Je ne suis pas de ces- gens-là l
JEANNE, revenant s'asseoir près de lui.
Eh bien ! je t'en ai été très, très reconnaissante. Tous les hommes n'auraient pas agi ainsi... J'aurais facilement perdu la tête. Tu m'as eue sage. J'étais aussi affolée que toi quand je me suis vue enceinte. Nous étions deux malheureux gamins et, au fond, si tu m'avais donné un mauvais conseil, je t'aurais écouté aveuglément. Aussi je ne veux pas te créer d'ennuis, ou le moins que je pourrai, en tout cas. Je n'ai pas été séduite, comme il arrive à tant de jeunes filles. J'ai eu ma part de responsabilité, car, quand tu m'as remarquée, il y avait longtemps que je pensais à toi... Chaque fois que tu traversais la salle à manger où ta mère m'avait installée à coudre, mon cœur battait... Je te voyais tourner autour de moi, entrer sous prétexte de déboucher un pot de oonfitures d'oranges... de donner de l'air au palmier... Tout en cousant, je me disais : « Quand se dôoidera-t-il .• .. Aussi, lorsque j'ai Benti tout à
O0UD la main <]in passait, sur mon cou et que lu kei cheveui en disant :« Vous ave/