ACTE PREMIER a
JEANNE
Sa majorité à qui ?... au petit ?...
MANEUVRIER
Il ne peut s'agir que de lui, Gabriel étant majeur depuis un an. Je ne vois pas...
JEANNE
Alors il voudrait lui assurer une rente pendant vingt ans, mais c'est insensé, le pauvre garçon... Est-ce assez gentil de sa part... Comme il est bon! Voyez-moi cela. Il n'osait pas me le dire en face... Mais je refuse, je refuse, Monsieur ! Une rente !... Plus tard, il fera ce qu'il voudra. Je le lui ai dit cent fois, mais, pour l'instant, non, non... c'est inadmissible... Pauvre garçon ! être obligé d'emprunter... Ce n'est pas ce que lui donne sa famille...
MANEUVRIER
Ne vous inquiétez pas. Il entre avec une belle situation dans le commerce.
JEANNE
Ah ! oui... Au fait, au Bon Dagobert ! Et à combien voudrait-il élever cette rente-là ?
MANEUVRIER
Quatre mille francs.
Quatre mille !... Mais il perd la tête ! Mais c'est beaucoup trop ! beaucoup trop !
MANEUVRIER
Non, Mademoiselle, c'est suffisant, voilà tout. Plus tard, vous aurez à subvenir à l'éducation de
ia
a64 LA CHAIR HUMAINE
votre enfant. Croyez-moi, je sais ce que c'est qu'une éducation. Acceptez sans façons.
JEANNE
Dites-lui, je vous prie, tout de suite ma reconnaissance, ma joie... combien je suis touchée qu'il ait eu cette pensée... Mon Dieu ! il aurait eu tout le temps de la réaliser après... C'est si délicat à lui d'avoir voulu me l'assurer dès le début.
MANEUVRIER
Ainsi, c'est entendu ? Ces quatre mille francs seront mis sur la tête du petit par acte notarié dès demain, et ne cesseront qu'à la majorité de l'enfant. Vous recevrez tous les six mois la moitié de la somme en espèces. Si vous voulez bien, je vous l'apporterai moi-même...
JEANNE
Mais, par exemple... Il me la donnera de la main à la main, j'espère bien. Pourquoi un intermédiaire ?
MANEUVRIER
Pourquoi ?... Ici, Mademoiselle, j'entre dans la partie pénible de ma démarche. Armez-vous de courage !
JEANNE
Pourquoi, de courage ?... Ah ! mon Dieu ! quVst-ce que vous allez me dire !
MANEUVRIER
Vous ne devez plus revoir Monsieur Levasseur.
m ANNE, balbutiante.
Je ne dois pas...