ACTE DEUXIÈME
prononcez là, tenez, même quand on ne les entend que tous les dix ans, ça suffît à vous consoler de tant de peines supportées !... Allez, je vous connais... et, en toute sincérité, je le répète : vous ne pouviez pas beaucoup mieux que ce que vous avez fait...
LEVASSE UR, haussant les épaules dans son fauteuil.
Est-ce encore un reste d'illusion de votre jeunesse qui vous fait dire cela de moi ?
JEANNE
Non... Je sais que vous avez obéi, comme bien des hommes, à des raisons graves qu'il n'était pas en votre pouvoir d'enfreindre... C'est vrai !... et peut-être avez-vous souffert en silence plus qu'on ne pourrait le croire de cet abandon volontaire que vous avez fait de votre fils !... Et, tenez, s'il m'arrivait de grands malheurs... (Petit mouvement de Levasseur.) Si je devenais infirme, impotente, ou si je mourais... Eh bien! au fond de vous, sans rien dire, je suis persuadée que vous accorderiez souvent plus d'une pensée à ce que fut notre jeunesse d'un moment... Aussi...
LEVASSEUR, V interrompant doucement.
Pourquoi voulez-vous m'émouvoir aujourd'hui ? Ce n'est pas dans vos habitudes, Jeanne... Vous êtes malheureuse ?...
JEANNE, reprenant avec effort.
Aussi, je ne voudrais pas, si le malheur, précisément, le vrai tombait sur nous, Levasseur. Nous ! nous, c'est-à-dire mon fils et moi, je ne voudrais pas que vous l'appreniez brusquement, sans préparation, parce que je sais, moi, que votre cœur est bon !
28a LA CHAIR HUMAINE
LEVASSEUR
Ah ! ça, voyons... vous m'inquiétez diablement, savez-vous. Que signifient ces paroles bizarres ? On dirait que vous voulez amortir une triste nouvelle !... Blessé ?... gravement ? Quoi ?... Hein... Hein ?... Vous ne répondez pas. Il y a une chose sûre, en tout cas, c'est qu'il n'est pas mort, puisque vous n'êtes pas en deuil... Et c'est la première pensée qui m'est venue quand vous êtes entrée... Mais, dès que je vous ai vue avec cette toilette claire, l'idée a été écartée.
JEANNE
Oui, la robe noire, le crêpe arrivant tout à coup par une porte... c'eût été plus bref encore qu'un télégramme ! Maintenant, il y a bien cinq minutes que je suis là... cinq minutes que vous êtes un peu réhabitué à entendre parler malechance... Alors, le moment sera moins dur... Et puis... et puis... moi, je n'en peux plus ! (Elle éclate en sanglots.) Paul!... Mon Paul !
LEVASSEUR
Mais c'est épouvantable 1 Jeanne, dites-moi que je comprends mal...
JEANNE, éclatant.
Ton fils est mort... Entends-tu !... Ton fils est mort !
Levasseur tombe assis, se prend la tête dans les mains.
JEANNE
Ça te fait de la peine, hein ?... Mon grand chéri
plus ! Il y a deux jours que je l'ai appris...
Mrs mil railleuses allemandes l'ont fauché du oôté
dea Eparges... On l'a vu tomber en reconnais-