ACTE DEUXIÈME
qu'en t'entendant débiter cette histoire, je me suis sincèrement demandé s'il n'y avait pas eu une fuite dans la salle de bains ou au compteur de la cuisine.
MADAME LEVASSEUR
C'est ça, fais de l'esprit ! Et quel esprit ! ramassé dans les journaux illustrés que tu lis sans doute chez ton coiffeur !
LEVASSEUR
Eh bien, non... non !... Je me refuse à ces nouvelles démarches... là !
MADAME LEVASSEUR
Tu dis ?... toi... toi !...
LEVASSEUR
Parfaitement !... J'en ai assez !... Ton affolement nerveux de mère, aux premiers temps de la guerre, m'avait gagné ! J'ai supporté vaillamment que notre fils devienne chauffeur !...
Oh ! à Bordeaux seulement... et avec le gouvernement !
LEVASSEUR
Qu'il mange à l'office et reçoive des pourboires ! J'ai respiré quand nous sommes parvenus à la maison de la presse et à la censure... parce que, ça, au moins, ce sont des services titularisés, mais, puisqu'un ministre vient y faire une sélection pour le service armé, eh bien, je ne bougerai pas personnellement, na ! J'en ai assez ! Si tu crois que c'est gai pour un homme important comme moi, un industriel notoire et qui n'a pas
perdu à la guerre... au contraire... de subir tout le temps ces regards ironiques faussement bienveillants et d'avoir à regarder la pointe de mes souliers en murmurant : « Oui, la santé chancelante de notre fils !... »
MADAME LEVASSEUR
Ah ! le voilà, le cri du cœur !... la vanité !... Tiens, inconsciemment, tu viens de te révéler tout entier ! Ce n'est pas ton âme de père, tes convictions de directeur de conscience qui te font sacrifier ton fils... C'est pour ne plus avoir à faire des démarches gênantes, tout simplement ! C'est pour ne plus avoir à supporter le sourire goguenard de quelques malveillants amis ou confrères. Ah ! je les connais, tes mesquineries de caractère, va !... Il n'y avait qu'à t'entendre prononcer à l'instant : « Un homme important, un industriel notoire ! » Ah ! là ! là ! tu en avais plein la bouche... Moi, je suis plus franche vis-à-vis de toi, je ne triche pas avec mes sentiments !
Ah ! foutre non, en effet 1
MADAME LEVASSEUR
J'avoue mes transes, mon effroi !... mon épouvante, qu'aucun raisonnement du monde ne peut arriver à calmer, à surmonter ! Ce sont des tares, des faiblesses, soit 1 Mais devant ce refus vaniteux, dont ton fils connaîtra la cause, je t'en préviens, de nous venir en aide, alors que tu pourrais tout, oui, tout.,, moi, je ne m'incline pas, je t'en avertis ! Les démarches, j<i les tenterai seule, «'ii attendant la réforme temporaire qui ne saurait larder... Je me démènerai toute seule...