ACTE DEUXIEME 3o
,yphoïde qui tournait mal !... Je ne ressentis à louveau ma répugnance que lorsque le bambin levint en âge de faire ses études... Je lui trouvais ;et air vulgaire de certains enfants pauvres... 11 •espirait fortement en mangeant ses tartines, un 3eu comme une bête affamée, et il baissait la tête l'une façon que je préférais juger sournoise... A iater de ce moment, ce fut la rupture complète, ua vie passa. A d'autres que ta mère j'aurais peut-être pu, au cours de ces vingt années, confier îe secret et me décharger de son poids. Mais tu la jonnais. Tu imagines de quelles représailles, de ïuel harcèlement j'aurais payé un pareil aveu ! A quoi bon ! Pour quel résultat ? Son caractère 3st intraitable. Peut-être en son fond est-il plein de mansuétude, mais son goût de domination, sa ténacité domestique n'ont plus laissé de place apparente à d'autres sentiments... J'ai préféré îéder, céder toujours par peur des criailleries inutiles. C'est l'histoire de bien des ménages. Dans la vie, la sécurité m'a suffi ! Par peur des responsabilités, j'ai abdiqué le soin de mon bien-être aux mains des autres. Ainsi, beaucoup d'hommes, qui eussent pu devenir des êtres volontaires, des caractères, se sont enfouis par lâcheté dans une médiocrité confortable, qui leur a tenu lieu d'idéal et de conscience ! Et cette fuite perpétuelle devant la lutte a peut-être pour cause initiale dans l'âme de ton père, Philippe, le premier devoir déserté, le premier reniement de soi-même !... Tout s'enchaine. Voilà ce que je suis, mon enfant !
PHILIPPE, après un silence embarrassé.
atic
devenu ?
Et... Pardonne-moi de n'avoir que cette interrogation aux lèvres... Lui... l'enfant... qu'est-il
3o8 LA CHAIR HUMAINE
LEVASSEUR
Ce qu'il est devenu ? Un petit employé de bu reau, bien humble, bien obscur... Un de ces être effacés que l'on voit derrière une grille ou à L* porte d'un bureau et dont on ne pense rien parc< que ce sont des êtres subalternes... Du moin c'est tout ce que j'en ai jamais su, moi ! Je l'avai aidé à entrer à la gare du Nord. De là, il est pass au P.-L.-M. aux écritures.
Mais il faut absolument faire quelque cho&' pour lui, le sortir de cette ornière !
LEVASSEUR, le regardant avec intensité.
N'est-ce pas ?... C'est ton avis ?...
PHILIPPE
Absolument.
LEVASSEUR
Je suis content que tel soit ton premier mou vement...
PHILIPPE
C'est tout naturel.
LEVASSEUR
Alors, si tu penses ce que tu dis, et je t'en féli cite, Philippe, tu jugeras de mon émotion, de moi immense émotion, lorsque, tout à l'heure, la mèr» est venue m'annoncer que ce fils-là venait d» mourir.
PHILIPPE
1 1 est mort ! . . .
LEVASSEUR
D'une mort bien banale aujourd'hui, mort B\j