ACTE TROISIÈME 3a
BLEUETTE
Songez donc que j'avais seize ans quand j'ai commencé mon admiration pour les poilus. Alors, comme nous voilà en 1919...
Oh ! depuis quelques semaines seulement.
BLEUETTE
Ça me fait tout de même près de cinq ans d'admiration intensive et généralisée. Dans ma vingt et unième année, je demande à descendre de l'échelle. Si Fifi n'avait eu que l'attrait de sa bravoure, je n'avais qu'à tirer à la court e-paille... Non, c'est pénible à dire, mais je le dis : en uniforme, il m'avait paru nul. Il a fallu le veston et la gabardine rayée pour que je comprenne son charme !
PHILIPPE
Je dois avoir un charme civil 1
LEVASSEUR
Aussi, pour des fiançailles foudroyantes, ça a été foudroyant !
PHILIPPE
Juste conséquence des coups de foudre !
LEVASSEUR
C'est épatant ! Plus besoin, maintenant, de se parler longtemps, de se connaître... Pan ! la porte s'ouvre : « Papa, je te présente ma fiancée 1 » Ah ! bon, parfait 1 C'est vous la fiancée ?... Enchanté. Ah ! les temps modernes !... Je veux encore un éclair à la saccharine... car ils sont à la saccharine.
Il prend un éclair.
3a4 LA CHAIR HUMAINE
BLEUETTE
Regrettez-vous, Monsieur Levasseur, que ça se soit passé ainsi ?
LEVASSEUR
Non, fichtre !... Il est tombé sur une fiancée adorable... sur des beaux-parents... un peu froids...
BLEUETTE
Tièdes...
LEVASSEUR
Un peu arriérés, mais très acceptables...
PHILIPPE
Je les prends... eux et leur stock de principes...
BLEUETTE
Dame ! un président de la Cour d'appel sans principes, ce serait terrible !
MADAME LEVASSEUR
Ce n'était pas une critique... car, nous aussi, nous sommes des gens à principes 1
LEVASSEUR
Au fait, comment se porte cet excellent président ?
BLEUETTE
Papa va bien, je vous remercie... la victoire l'a rajeuni. Maman, la victoire ne lui suffit pas. Elle a besoin d'une i-un' d'eaux... Elle s'est beaucoup fatiguée pendant la guerre,
Elle é ait infirma 1 1