‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 65 sur 236 · ACTE DEUXIÈME ioo · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME ioo

épaule... que je te dorlote une seconde avant que

tu t'en ailles... (Elle susurre avec câliner ie.) Car tu vas partir, n'est-ce pas, mon chéri ? Tu ne voudrais pas faire de la peine à celle que tu aimes, n'est-ce pas ? Ce serait vilain... et puis, ce ne serait pas toi, ça !

MAX

Oseras-tu m'abandonner, et t'en aller vers ton horrible bonheur, le sourire aux 1

JESSIE

Le bonheur ? Ah ! va, celui qui est le plus à plaindre, peut-être, ce n'est pas le délaissé, c'est celui qui délaisse !

MAX

Des mots !... Si c'était lui, au contraire, qui allait te donner conscience de ta chair !... Oh ! cette idée... cette idée !...

JESSIE

Allons... ne recommence pas... Tu t'étais calmé ! C'est désespérant !

MAX, se levant et cherchant à Ventraîner.

Viens, Jessie, par pitié... Je t'aimerai tant !... Allons-nous-en de cette maison... Que veux-tu que je devienne ? 11 n'y a plus qu'à se flanquer une balle dans la peau !

Alors, elle s'appuie à son épaule, et à voix basse, confidentielle et passionnée.

JESSIE

Petit bète, va !... Mais tu sais bien que tôt ou tard je te reviendrai... Alors ?... Laisse-moi donc le temps de devenir riche, de n'avoir plus besoin de subsister... Tu n'as pas confiance ?... Tu l'as dit, pourtant, nous sommes trop jeunes, et même, sans nous être possédés, j'ai été ta première mai-

io6 LA POSSESSION

tresse, tu as été mon premier amour... Rien ne peut nous enlever ce trésor-là !... Embrasse-moi!... (Il lui saute au cou.) Puisque je t'affirme qu'il sera à toi, ce visage, mon joli... qu'il sera à toi, ce corps, à toi seul !...

MAX

Oui, l'avenir, l'avenir ! Je n'ai pas confiance dans ce type-là... Il a de la barbe au menton I Tout de suite... tout de suite... Au secours, Jessie !

JESSIE

Essuie ton front en sueur !... Tes beaux cheveux sont tout en désordre... Tu es dans un

état 1... (Elle lui essuie le front avec son mouchoir.

Subitement, avec rage.) Tiens, cette idée que tu es là, toi, le souffrant, le désespéré... toi, le pauvre... Ah ! ce qu'ils me feront payer tes larmes !... Mon gosse, si c'était possible, si c'était seulement possible !... Mais ça ne l'est pas... Allons, prends ton chapeau !<.. Ne fais pas de mal à ta pauvre Jessie qui te pardonne et que tu tortures !... Je t'en conjure, va, et laisse là cette femme sans courage à qui tu voulais apporter l'amour et à qui tu n'as apporté que le désespoir 1

La porte de gauche s'ouvre brusquement et Serge, en habit, la canne à la main, apparaît, suivi du maître d'hôtel.

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