‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 6 sur 126 · SCÈNE V Les Mêmes, BOUYOU, VOIRON · texte numérisé non relu

SCÈNE V Les Mêmes, BOUYOU, VOIRON

BOUYOU, rentrant par le fond.

On a répondu que madame était partie il y a déjà un bon moment pour sa répétition et qu'elle avait été souffrante.

EMMA

Ah! chérie!... Les ivresses!

SICAULT.

Allons, répétons, voulez-vous, en attendant, la fin de

la scène du deux. En voilà une qui commence à nous raser ! . . .

PAULETTE

Et la coupure?... Il sérail temps de la faire, celte coupure !...

Oui... après. On coupe toujours bien assez tôt!

SICAULT, arrangeant.

La mise en scène... Une chaise là...

(Le (^recteur a Juparu.) GILLET, à Bouyou.

Qu'est-ce que c'est que ce livre que tu trimballes sous le bras ?

BOUYOU.

Je ne sais pas... On me l'a prêté.

GILLET

Elle est étonnante celle petite!... Tout ce qu'elle trouve chez ses amis elle le chipe... Et ce qu'elle en a de petits amis!... On lui envoie tous les jours dans sa loge, les uns des caisses de pruneaux, les autres des lampes à pétrole... C'est ainsi qu'on l'entretient, celle petite. Tenez, elle n'a pas couché chez elle, eh bien, ce matin, il a fallu qu'elle chipe ce livre... (// le prend.) La chasse aux fauves.

ANDRÉ

Bigre!... C'était un dompteur...

SICAULT, finissant la plantation.

L(^ canapé par ici...

GILLET, à Bouyou.

hn boiiniK'. pourquoi t'appelle-t-on Petit Bouyou ?

BOUYOU.

Parce que je dis comme ça bouyou au lieu de bonjour... Ça m'est resté.

vomON, sur le devant du théâtre., en se protégeant de la lumière de la rampe a\>ec le bras. Quel beau théâtre, tout de même!... Regarde-moi ça... Quelle salle!...

GILI.ET.

l£l le lustre !... Quel lustre !...

VOIRON

Quel dommage qu'on ne joue ici que des cochonneries!... Quand je serai directeur ici, on ne jouera que du drame... Il faut de l'idéal!... Jetons de l'idéal aux foules !

GILLET

Moi, après toi, quand tu auras fait faillite, je ne jouerai que l'opérette!... je sens l'opérette là-dedans. SICAULT, hurlant.

Place au théâtre!... {A Vairon et à Gillet.) Eh bien, que faites-vous là?

VOIRON

Nous rêvons.

Nous rêvons.

GILLET

SICAULT.

Allez, fichez le camp...

VOIRON, en s'en allant, à Gillel.

Et, d'ailleurs, que sommes-nous?... Un siècle d'opérettes ! Quand la France est dirigée comme elle l'est !...

ANDRÉ, haut.

Quelqu'un sait-il si mon ami Ronchon est venu me demander?...

EMMA

Non, je ne crois pas.

SIOVULT.

Na, ça y est. Toi, Paulette, prends au monologue, EMMA, bas à Andrc\ pendant que Paulette <>« s'asseoir sur une chaise à l' avant-scène.

Vous ne pouvez pas vous en passer de votre ami Rouchon... Qu'est-ce qu'il fait dans la vie. volro ami Rouchon?

ANDRÉ

Rien, il est mon ami... C'est sa fonction... C'est un gan^on sans apparence, comme ça... mais très fin...

toute l'amitié, avec ses petites attentions, ses susceptibilités aussi... ses bouderies quand...

PAULETTE, titr sa chaise, se retournant . Chut ! un peu de silence, Emma, s'il vous plaît, l'auteur!... on ne s'entend pas ici... C'est pas des répétitions ! Ah !

GILLET, au fond avec Bnuyou.

Qu'est-ce qu'elle a à pousser ses soupirs de panthère ?

ANDRÉ, à Paulette.

Alors, mademoiselle, souvenez-vous (pio, dans la pièce, le plus exquis de vos charmes, c'est votre bôtise... dans la pièce seulement. Tâchez d'être bien bote. Vous représentez la Viennoise sentimentale.

[Paulette est face au public. André à gaucJte. Les autres dissémines.)

PAULETTE, commençant .

« Et que m'importe, après tout!... Vicomte, oui, cer- < tes, mais un titre suffit-il à combler le vide d'un tel « cœur... Ah! vous croyez que vos instances, vos objur- « galions... Que non pas!... Charles est toujours pré- « sent à ma mémoire, et le souvenir n'est pas loin, d'un « soir, où, au clair de... > [Elle s'arrête, regardant le trou du souffleur.) Merci!... Je te dis : merci!... Faut-il ôlre bêle pour souffler : lune !... Quoi... Ça m'est égal ! Je le prie de ne rien m'envoyer! {Elle reprend.) c Charles est « toujours présent à ma mémoire et le souvenir n'est « pas loin d'un soir, où, au clair de lune, nous échan- « geûmes ce que vous appelleriez avec ironie les pre- * micrs serments de la grisette, vous dont le cœur, sans « faiblesse, alors que... alors que... » Allons! allons! Ah! zut! quand je sais, il souffle, et quand je ne sais plus, il ne souffle pas!...

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