‹ Théâtre completChapitre 112 sur 225 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

UGNIÈRES

Paulot dirait que ce n'est déjà pas si mal !

RICHARD, à Lcws Scuhrian.

Et Maroienne? Ça biche?...

LOUIS

Ep£..tamment... merci... Tu 1'- v,;e la gof^so dans la revue de la Cigale?

RICHARD

Oui... je la trouve charmante...

LOUIS

Meroi... n'est-ce pas?

RICHARD

Paulot, sais-tu si Georget doit venir?

PAULOT

Il me l'a dit, du moins.

LIGNièRES

Qui, Georget ? Ah! oui, votre inséparable, le petit de Chambry.

RICHARD

N'en dites pas de mal... c'est mon meilleur ami.

LOUIS, prenant Richard par le brcs.

Pssttl... Richard. On peut te parler à cœur ouvert?

RICHARD

Vas-y.

LOUIS

Papa m'a assuré que ta étais fiancé à M^^^ Chadeaux.

Après ?

LOUIS

Après? je vous ai observés tous deux pendant le dîner...

RICHARD

Eh bien?

LOUIS

Eh bien ! si vous êtes fiancés, vous cachez bien votre jeu!... Et encore, me disais-je, après dîner, il va restei au salon, auprès d'elle... Du tout! voilà une demi-heure que nous sommes ici à nous croire obligés d'al'er jusqu'au bout de nos cigares et tu ne manifestes pas la moindre intention de décariller...

RICHARD

C'est exprès.

LOUIS

RICHARD

Je tiens à bien manifester ce soir, — parce que sa mère est là, — que rien n'est moins décidé, que rien ne justifie encore cette position de fiancé que tout le monde m'octroie, sans l'ombre de raison... J'ai vingt-deux ans, je suis l'associé de mon père et j'entends rester libre entièrement de mes acte-i et de mes goûts... J'exige que personne, pas même M*^e Chadeaux mère, ne me force la main.

(Un domestique entre par la gauche.)

LE DOMESTIQUE

Monsieur Richard... on vient de laisser ce paquet pour monsieur. On m'a dit de le remettre de suite.

RICHARD, prenant le paquet,

Pon... Y a-t-il la facture?

LE DOMESTIQUE

Non, Monsieur.

(Le dûtniMtique sort.)

RICHARD

Regardez, mes enfants.

(Il ouvre un écrin.)

UGMÈRES

C t'M auinirablo !

LOUIS

Qu'est-ce que c'est?

RICHARD

Un pendentif... Emerandes et perles.

LOUIS

Ah, ah! Tu vois bien... le cadeau de fiançailles?

RICHARD

Non, c'est un cadeau de rupture.

LIGNIÈRES

Déjà?

RICHARD

Avec Mchette.

LOUIS

Ah! c'est Nichette?

RICHARD

Oui... j'essaie de rompre honorablement. Elle fait un pétard du diable. J'ai eu une scène terrible hier... Elle m'a menacé de vitriol.

LIGNIÈRES

Alors toi, prudent...

RICHARD, montrant le bijou.

Tu vois... là... j'ai fait mettre deux dates : celle de notre première nuit et celle de notre dernière.

UGNIÈRES

Mais on a écrit mai pour la dernière, et nous ne sommes qu'en avril.

RICHARD

C'est pour lui donner le temps de s'habituer. *

LOUIS

La nuit de mai 1... C'est un coupon pour le mois prochain, quoi?...

Oh! un tout petit coupon... une avance... Mon père m'a dit qu'il faudrait lui donner une gratification de cinquante mille francs. Il me les a promis.

LIGMÈRES

Ah ! veinard, d'avoir une famille qui peut donner cinquante mille balles aux maîtresses de ses fils !... Quel fonds de papeterie on achèterait avec cinquante mille francs!

ACTi: PREMIER 2o5

LOUIS

Au fait, Richard, explique-moi, une bonne fois, pourquoi tu dis toujours mon pèie, en parlant de monsieur de Rysbergue, et, maman, en parlant de madame de Rysbergue... Faudrait s'entendre. Les poupées qui disent « maman » disent aussi « papa »...

RICHARD, V interrompant^ en riant.

Papa serait impossible et mère serait si drôle, si grave pour maman 1... Cela lui irait si mal avec sa frimousse... « Mère!... mère chérie!... » J'aurai, presque envie de rire... « Maman », même, sonne trop vieux pour elle... Nous avions ajouté un surnom, Paulot et moi, ces vacances à Trou ville, pas, Paulot? tant cela nous semblait ridicule d'appeler sur la plage cette grande jeune femme maman tout court... c'était honteux... on se retournait.

LOUIS

Comment l'appeliez-vous?

RICHARD

Colibri. Maman Colibri.

UGMÈRES

C'est gentil, mais c'est un peu long.

LOUIS

Je n'aime pas les surnoms, ça fait toujours factice et bébête.

RICHARD

Paulot qui avait trouvé ça en jouant au ten-

•aOÔ MAMAN COLIBRI

nis... Il disait que derrière le filet du tennis elle avait l'air d'un colibri à travers les barreaux d'une cage... Oh! mais o'est qu'il est très poète, Pauloti... une nature en dessous... on ne sait jamais ce qu'il pense... et puis on est étonné...

LOUIS

La voilà bien la poésie pour les imbéciles!... Colibri! Comme si un surnom d'oiseau, c'était plus poétique et plus flatteur qu'autre chose... Les oiseaux, c'est des petites bêtes malpropres qui mangent des asticots...

PAULOT

Le colibri, il boulotte des fleurs.

LOUIS

Et ta sœur?

PAULOT

Je l'ai lu l'autre jour en potassant mon Michelet.

LOUIS

Et ta sœur?

PAULOT

Qu'est-ce que tu veux parier?

LOUIS

Cent sous si je gagne et quarante sous si je perds.

PAULOT

Tenu.

(Il sort.) LOUIS

Ouvre la fenêtre, ça pue la fumée ici... c'est une infemie.

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