ACTE PREMIER
jeunes filles à choisir un amant non garanti par le gouvernement 1
LA MARQUISE
Bravo !
COLETTE
Tiens, elle a entendu.
MADAME CHADEAUX
Savez-vous ce que prouve votre petite liistoire, madame? tout simplement que vous n'aimiez pas votre mari.
Sapristi! c'est que je ne me souviens plus très bien... 11 y a longtemps!... Mais je veux ajouter, au cas où vous seriez en peine pour mes sentiments, madame, que mon mari, quoique très occupé, se trouvait être un excellent homme, qui m'a rendue heureuse, et ces vingt ans de fidélité m'ont paru un jour. ..Et délivrons je vous en prie, cette pauvre Madeleine... c'est absolument ridicule! Madeleine, venez ici... Voulez-vous servir le thé avec Colette ?
COLETTE, bas à Irène.
Il était temps. La prière d'une vierge devenait plus ardente.
IRÈNE, aimable, à Madeleine.
C'est très joli ce que vous jouiez. {Au domestique qui est entré avec le thé.) Frauçois, qui a sonné, il y a un instant?
LE DOMESTIQUE
M. de Chambry, madame.
COLETTE, à Irène, en passant le thé.
Tu es peut-être allée un peu loin avec M™« Chadeaux. Ces allusions au mariage et ces coups droits à sa fille!...
IRÈNE
Tant pis, elle m'agaçait avec ses pointes. Il faut qu'elle sache quelle belle-mère je serai. Nous ne coudrons pas ensemble des bretelles pour l'œuvre des petits Bretons!
COLETTE
Je pense qu'elle a renoncé à cet espoir.
IRÈNE
D'abord elle est trop vieille pour une belle-mère, c'est dégoûtant. {Pirouettant sur ses ïa/o^s.) Personne ne veut de mon thé, alors?
LA MARQUISE, dans un silence^ continuant à concerter avec M^^ Chadeaux.
Oh ! les enfants, voilà la joie de notre crépuscule!...
(Depuis quelques instants, tout en parlant^ Irène se retourne souvent vers la porte du sxlon; à travers les vitraux opaques et lumineux on voit l'ombre de quelqu'un qui s^y est appuyé.)
COLETTE, à Irène.
Qu'est-ce que tu as? Tu es ennuyée?