ACTE PREMIER
GEORGET
Si, puisque je te le dis.
IRÈNE
Je n'ai pas confiance en toi... tu es partial.
GEORGET
Que t'importe alors, si moi je te trouve belle.
IRÈNE
Il n'y a que les femmes qui n'aiment pas beaucoup qui se satisfont de cette illusion!... Est-ce que tu m'imagines quand j'avais vingl ans? J'étais rudement bien alors!... Quel dommage!... Pense, imagine un peu, comme je devais être à vingt ans !
GEORGET
Moins bien.
Tiens, parbleu I... {Un temps.) Mais à part ça, j'étais très bien... Dire que tu ne m'auras pas connue à cette époque!... Quelle drôle de chose que de s'accrocher ainsi à un certain moment de la vie... et que tout le reste ce soit de l'ombre !... Imagine-moi... J'avais, tiens, l'ovale bien plus régulier... les tempes ont l'air de s'être allongées, voistu? {Elle se reprend vite^ craintivement,) J'étais plus
jolie, mais j'avais moins de caractère.
GEORGET
Oui, je comprends.
IRÈNE
Comme ça change la figure !... Moi aussi, je voudrais savoir comment tu seras... plus tard... bien plus tard... quand il y aura longtemps que tu ne m'aimeras plus... lorsque nous ne nous connaîtrons plus.
GEORGE r
Méchante I
IRÈNE
Chut! tais-toi... laisse-moi te voir une seconde, en feimant les yeux... Chut.
[Elle met les mains devant les ycur.) GEORGET, riant.
Quelle enfant 1
Pense aussi de ton côté pour moi... {Viœment.) Mais à rebours.
GEORGET
Naturellement.
{Par complaisance j il fait la même chose qu'elle ni met sa figure dans ses mains, mais il y a dans les deux poses la difjérence d'un qui n^y songe pas et de Vautre qui y songe. — Un silence.)
GEORGET, interrompant subitement en riant.
Eh bien, tu es rudement mieux, maintenant, il n'y a pas de comparaison!
IRÈNE, avec élan.
Tu me trouves un peu folle, pas?... 0 mon chéri, mon grand amour, que je t'adore l