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ACTE TROISIEME

GEORGET

Il est de chez nous?

IRÈNE, extasiée.

De chez nous! comme tu as bien dit cela!... oui, de chez nous, de notre boîte... Avoue qu'elle est exquise notre maison, quand on la voit de la route en montant... Elle dit bien ce qu'elle est, hein ? Elle est positivement plus tendre que les autres dans le feuillage... avec le bruit gai de sa fontaine et de ses oiseaux...

Tu es lyrique, mais juste.

IRÈNE

Je suis lyrique parce que je réalise un rêve... le grand, grand rêve! Je suis lyrique pour la maison, parce que je n'en ai jamais eu qu'une: celle-ci.

GEORGET

Ingrate ! Et les nôtres d'avant ?.. Elles ont eu leur bon.

IRÈNE

.^ Non, non, elles n'existaient pas : nous n'y étions pas ensemble; nous les volions... Ces choses-là se passaient avant moi, je ne m'en souviens pas... je ne me souviens de rien... Maintenant seulement j'existe... Mon corps est nouveau. Il me semble que je vivais dans des gaines, à l'ombre... maintenant tout mon être est libre. Je pousse... La cosse est craquée.

GEORGET, montrant en souriant sa robe lâche^ où elle paraît effectivement très nue.

Et bien craquée encore !... Je ne m'en plains pas... C'est vrai, tu es autre, tu n'es plus la même maîtresse... Ce n'est pas l'hiver dernier, dans tes salons de l'avenue Friedland, que tu aurais osé une toilette pareille.

IRÈNE

Ajoute tout de suite que je m'encanaille!... Ah! si tu savais la joie que j'éprouve! Je peux dire à mes bras : vous êtes libres d'être nus, d'être beaux, d'être roses, ne vous gênez pas... Ces petits doigts-là daignaient les bagues trop chargées; ma gorge, les parfums trop forts... Maintenant, je ne Buis plus que de l'amour. J'ai les ongles trop faits, les veines plus poudrées, les vêtements indécents, communs et lâches. ..et je laisse aller tout le corps, libre, heureux de ta maîtresse, comme un bouquet trop serré qui se dénoue tout à coup. Dieu qu'il fait bon !

GEORGET

Ah! quelle griserie monte de toi et de tes paroles I Oui, c'est autre chose... Tu vous laisses dans une atmosphère extraordinaire qu'on emporte, ensuite, avec soi, partout, et qui enivre les heures les plus banales de la journée... à ce point que...

IRÈNE

Que d'autres en profiteraient?

GEORGET

Non... mais presque. {Le domestique entre.) Prends garde !

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