‹ Théâtre completChapitre 191 sur 225 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

IRÈNE

Au destin, madame Ledoux, au destin... elle demande sa pauvre aumône {Elle soupire : un temps.) Dites? dites?... Est-ce dur, la vieillesse?...

MADAME LEDOUX, éclatant de rire.

Mais c'est très impoli ce que vous me demandez» là!

Vous ne m'avez pas comprise.

MADAME LEDOUX

Si, si, allez... je ne m'illusionne même point. Vous avez été attirée par moi, moins à cause de votre voisinage, qu'à cause de ma « légende »... Ah! la mère Ledoux! Ce qu'elle représente pour vous!... Vous interrogez ce vieux visage, autrefois caressé... C'est le pressentiment de vousmême qui vous attire... Eh bien, ma petite, on ne vous a pas trompée. J'ai aimé... j'ai étreint... j'ai désiré... un peu de tout... pêle-mêle... Ça été exquis et féroce. ..Et il y a encore des jours où ce tas de souvenirs, ça plaque, là... comme une brûlure... Oui, c'est très dur, la \^eillesse. Rien ne guérit et tout y sèche.

IRÈNE

Oublie-t-on ?

MADAME LEDOUX

Bien peu... bien peu!...

IRÈNE

Est-on hanté?

MADAME LEDOUX

Ce sont les beaux jours qui font le plus de mal...

IRÈNE, fronçant les sourcils^ avec angoisse.

Taisez-vous, taisez-vous, c'est affreux 1... {Un silence.) Cependant, la résignation?...

MADAME LEDOUX, secouant la tête.

Pas nous.

IRÈNE

Chutl... chut!..

(Elle se met les mains sur le visage.)

MADAME LEDOUX, troublée, essayant de vivifier la conversation.

Laissez-moi rire ! Vous en êtes encore à la plus belle période de la vie... La durée d'un collage comme le vôtre, — passez-moi le mot, — avec votre beauté, ces yeux-là et cette bouche, mais ça doit vous mener dans un fauteuil, à la cinquantaine!... Dame, c'est déjà beau !... Alors, vous pourrez commencer à vous inquiéter des petites frimousses qui passeront... Mais jusque-là, laissezmoi rire ! Qu'elle vienne celle qui s'y frottera 1...

IRÈNE

Elle approche, elle approche !... Oh! ce n'est pas plus la petite Deacon que je désigne... elle ou une autre, qu'importe !... Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle doit venir; c'est fatal, c'est mathématique... Lui aussi, mon petit Georget, il faut qu'il aille vers la vie !...

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