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ACTE TROISIÈME

MADAME LEDOUX

Que ne vous êtes-vous dit cela un peu plus tôtl... Vous vous seriez peut-être é^^té bien des tracas.

IRÈNE

Madame Ledoux, écoutez bien ceci : ma famille, mes enfants, mon mari, une situation mondaine unique... j'ai tout brisé, sans une hésitation, parce qu'il était en danger, lui, le gosse... J'ai bondi vers lui... Eh bien, c'est à peine croyable, cette chose énorme qui a broyé à jamais, d'un coup, plus de vingt ans de ma vie, et toute l'économie de mon bonheur à venir, je l'ai accomplie — écoutez bien cela — sans une lueur d'espoir, avec la certitude absolue de sombrer tout de suite. Je me suis dit clairement, nettement, comme on se suicide : cela va être une seconde, une heure, je vais attacher ma vie à la course de ce jeune fou léger, qui me brisera de suite... Une seconde, mon Dieu, une seconde !... Et d'avoir vécu cette seconde-là, voyez-vous, je renoncerais facilement au paradis, tant elle a été divine!... Il peut me mar tyriser, le cher ange, que je devrais lui dire encore : merci pour ta grâce et ta beauté... merci d'avoir fait sortir de moi ce dernier parfum dont je t'ai marqué pour la vie, merci, merci !...

MADAME LEDOUX

Vous n'en êtes pas là, je vous répète, que diantre!... Votre liaison a déjà pas loin de deux ans d'existence... deux ans, ça compte... Des habitudes prises... Si vous savez être habile, roublarde

même... entretenir vos charmes... Moi j'ai bien mis quinze ans à crouler... Puis il y a les trucs 1... Tenez si vous êtes sage, j'ai une recette pour la peau...

IRÈNE

Ah ! Dieu !... lutter ? lui apporter, à côté du jeune visage, contre lequel il faudrait combattre, mon visage à moi d'année en année flétri, contracté... lui exhiber chaque matin ma consomption, être la vieille maîtresse qui s'accroche et qui dispute âprement ses rognures de bonheur... jamais... jamais!... Il a vingt-deux ans, j'en ai quarante. Que voulez-vous faire à cela ? C'est une ruine mathématique, une lutte sans merci!... A quoi bon la prolonger jusqu'à l'horreur?... Quoi, ma belle image remplacée dans ses yeux par une •carica ture?... Oh! la rancune sourde... la porte de la maison qu'on ouvre avec humeur... le regard mauvais qui guette la grimace de vos chairs... Dieu! mon pauvre amour, mon grand amour devenu... ça? Jamais, vous dis-je, jamais! Non, non, partir à temps, s'enfuir... Je saurai lui laisser le souvenir d'une aventure exquise, d'une image adorable à laquelle il pourra toujours penser d'une façon reposante, sur laquelle ne planera pas le souvenir même d'ime scène, d'une rancœur... Que le cadavre de cet amour-là me survive !... alors, voyez-vous, de loin, je m'imaginerai que je ne suis ni vieille, ni morte pour lui... et je serai consolée.

MADAME LEDOUX

Ce qui veut dire?

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