ACTE QUATRIÈME
Bon attendrissement de tout à l'heure, ses larmes?
(// est presque indigné.) RYSBERGUE
Non pas, c'est inconscient!... Et qui sait même, peut-être est-elle sincère... Sait-on? (//
s''assi€d ncrff^wiement sur le bord de la table.) Peut-être
ne se souvient-elle déjà plus... car c'est effrayant, nous l'avons éprouvé nous-mêmes, ce don d'oubli total \ C'est comme les bêtes, oui, — elle trouvait la comparaison juste, dans son délire — qui donneraient leur vie, se haussent jusqu'au plus complet sacrifice, pour défendre leurs petits; puis qui, cet instinct apaisé, ne se souviennent plus de rien, et subitement, en un jour, passent du renoncem"nt le plus fou à l'indifférence la plus morne; cost fini, la fonction est terminée. A une autre I..; Vois-tu, j'ai réfléchi beaucoup pendant deux ans de solitude. Des mots qu'elle disait me revenaient à la mémoire, me tarabustaient sans cesse. « INIa fonction envers vous est terminée...» clamait-elle, et j'ai compris, j'ai compris la vérité. Elle avait raison. La femme n'est pas un être indépendant et libre comme nous, elle est asservie à des lois de nature qu'aucune civilisation n"a encoiv abolies et n'abolira jamais. Elle est une succession de fonctions, et absolument contradictoiros. Toutes ces fonctions, la société est arrivée à peu près à les concilier, par des époques fixes et observées, de mariage, d'évolution... Ça va tant bien que mal... ça va.. Mais qu'il survienne, dans cette évolution, une simple erreur
de date, de tour, comme il est arrivé à ta mère, dont le cœur ne s'est éveillé qu'à l'été de sa vie, patatras, l'édifice de paix s'écroule ! Et alors, c'est l'amas des drames, les instincts lâchés, les deuils, les irréparables véritésy Alors, petit, il arrive ce qui nous est arrivé. Les volières heureuses où l'on vivait ensemble se brisent, et les dissentiments effrayants ne se taisent et ne se rejoignent une seconde qu'autour du premier vagissement de l'enfant qui vient de pousser le cri de la vie, et du renouveau éternel.
(Il y Oy dans son ton^ la grande émotion contenue d^un père qui éduque encore son enfant.)
RICHARD
Père, que ta sagesse est devenue amère l
RYSBERGUE, le regardant açec une infinie tendresse.
J'ai vieilli. Ça t'arrivera bientôt. Déjà tu t'es bien modifié... Maintenant, si tu me demandes pourquoi, |>ossédant cette sagesse, comment, étant capable d'admettre et de pardonner, je n'ai pas assez de supériorité ou trop d'égoïsme, comme tu voudras, pour me résoudre à l'approcher, la revoir sans rien lui demander d'elle-ra me, je te répondrai que je manque de courage... 0Pcut-être un jour, des hommes viendront, assez^ forts, assez libres, pour assister au phénomène dv la femme avec une simple indulgence et une plus calme équité. Pour nous, notre passé religieux, des préjugés, de vieilles et adorables C/Outumes ne peuvent chasser de notre mémoire cette conception