SCÈNE II Les Mêmes, LA MASLOWA
LA MASLOWA, entre avec un enfant sur les bras.
Là... là, ne pleure pas.
l'enfant Oh! je voudrais aller voir les marchandes.
MARIA, V apercevant.
Quel est cet enfant?
LA MASLOWA
C'est la fille d'un cond.mné criminel, un vieil homme qui l'a portée dans ses bras dix jours, depuis Perm jusqu'en Sibérie... Le nouvel officier a refusé de lui maintenir la permission... Je n'ai pas vu ce qui s'est passé... Le père avait la figure en sang... La fillette sanglotait. J'ai ait les yeux doux à l'officier et lui ai demandé la permission d'emmener l'enfant dans notre convoi avec nous. Alors je l'ai prise, la pauvre, entourée de son grand châle, comme un petit animal qui pleurerait... Elle m'a mouillé une joue et s'est endormie.
KRILITZOF
Quelle pitié 1
MARIA, prenant la Maslowa à part dans un coin.
Bien, toi... Ecoute, j'ai des excuses à te faire.
Pas tout haut... Ta main...(jt,V/e lui serre la main.) A
la vérité, j'éprouvais un peu de dégoût pour toi au commencement... Et puis, nous autres nihilistes, ça nous est égal d'aller à la mort ensemble, mais je n'aimais pas qu'on t'ait placée, même malgré toi, dans notre section de condamnés... je suis franche; j'aime les pauvres; mon père était général, j'ai distribué tout son argent, mais j'ai toujours eu une répugnance invincible pour les femmes qui vendent leur corps. N'importe ! Tu es une brave fille. Embrasse-moi.
LA MASLOWA, l'embrassant.
Vous êtes si bonne. Maria... Je voudrais être comme vous... Vous êtes des gens si excellents..
KRILITZ0F,7Ui a entendu les derniers mots., ss soulevant péniblement sur les coudes.
Détrompez-vous, Maslowa; je ne suis pas excellent... Savez-vous ce que je voudrais faire, moi, chétif, moi mourant?... Monter dans un ballon et saupoudrer de mes bombes toutes les villes, comme des punaises, comme de petites punaises...
(Il dit cela fiévreusement, les yeux brûlants.) MARIA
Ne vous fatiguez pas.
KRIUTZOF
Tuer! tuer! Oui, voilà ce qu'on devrait, parce
(Il s'arrête dans un hoquet J MARIA
Il crache le sang... Va chercher un peu de neige...
LA MASLOWA, lui tendant une potion quelle tire
de son sac.
Buvez.
KRILITZOF
Ah! qu'est-ce que c'est?
LA MASLOWA
De la valériane,
KRILITZOF
Je crois que je vais vous faire un triste jour de Pâques, pauvres amis.
TROISIÈME PRISONNIER, apportant un peu de neige.
Tenez, rafraîchissez-vous la bouche.
l'enfant, qui était sorti, rentre en criant.
Regarde... des œufs... des craquelines.
la MASLOWA
Qui t'a donné tout ça?
l'enfant, désignant quelqu'un qui arrive sur le chemin. C'est lui.
MARIA
Simonson !