ACTE PREMIER - SCENE II
gaspillez ! Qu’est-ce que ¢a vous fait! C’est votre femme qui paye! Et vous trouvez ca honnéte? iE,
PONTAGNAC, — Mon Dieu! s’il est reconnu que je suis assez riche pour suffire aux exigences du ménage, il me semble que...
LUCIENNE. — Vraiment!
PONTAGNAC. — Enfin, quand Rothschild...
LUCIENNE. — Qui! d’abord, vous n’étes pas Rothschild... ou si vous l’avez été, vous devez commencer a ne plus I’étre,
PONTAGNAC, — Qu’est-ce que vous en savez?
VATELIN, debout pres de Lucienne. — Elle est dure pour vous.
LUCIENNE. — Et quand vous le seriez encore! II s’agit de fonds qui ne vous appartiennent plus! Vous les avez reconnus 4 votre femme. Vous n’avez pas le droit de disposer d’un capital que vous avez aliéné.
PONTAGNAC. — Mais permettez, le capital, je n’y touche pas! le voila! il est intact! Vous me permettrez bien de toucher un peu aux rentes. Notez que, par contrat, j’ai la gestion des biens! Eh bien! pourvu que j’aie la plus grande partie en fonds d’Etat, vous ne pouvez pas trouver mauvais que je fasse quelques. placements en valeurs étrangéres.
LUCIENNE. — Quand on est marié, on ne doit faire que des placements de pére de famille!
PONTAGNAC. — Vous parlez comme un notaire.
LUCIENNE. — Oui, oui, je voudrais bien voir ce que vous diriez si votre femme en faisait autant.
PONTAGNAC. — Oh! ce n’est pas la méme chose.
LUCIENNE, se levant et descendant. — Oh! naturellement, ¢a n’est pas la méme chose! Ca n’est jamais la méme chose pour vous autres hommes! Allez, vous mériteriez que votre femme aille aussi un peu faire danser les fonds de la communauté a la roulette ou au jeu des trente-six bétes.
VATELIN, descendant. — Prends garde, Lucienne! Pontagnac va te prendre en grippe si tu lui fais comme ¢a la morale.
LUCIENNE. — Aussi n’est-ce pas pour lui que je parle! Mais pour tol dans le cas ou il te prendrait fantaisie de suivre l’exemple de M. Pon-
tagnac. j
VATELIN. — Moi? Oh!
LUCIENNE. — Ah! tu serais mal venu de marcher sur ses traces, parce que tu sais, avec moi, ¢a ne serait pas long. ¢
VATELIN, hochant la téte. — Le jeu des trente-six bétes!
LUCIENNE. — Pas besoin de trente-six, je n’en prendrais qu’une, ¢a suffirait !
PONTAGNAC, avec une joie mal dissimulée. — Vrai! 5 VATELIN. — Mais, dites donc, ¢a a l’air de vous faire plaisir.
PONTAGNAC. — Moi? pas du tout! Je dis « vrai » comme on dit « cest pas possible ».
LucIENNE. — Ah! je ne connais pas Mme Pontagnac, mais je la plains.
Pontacnac. — A qui le dites-vous, madame. Je ne la trompe pas
une fois sans la plaindre.
LUCIENNE, — Vous devez la plaindre bien souvent!
VATELIN. — J’espére au moins que, maintenant que vous connaissez le chemin de la maison, vous voudrez bien nous amener Mme Pontagnac! Ma femme et moi serons enchantés de faire sa connaissance.
PONTAGNAC, @ fart. — Ma femme! Ah! non, par exemple! (Haut.)
Mon Dieu, certainement, je serais trés heureux et elle aussi; malheureusement, il n’y a pas a y penser. ;
LUCIENNE. — Pourquoi ¢a?
PONTAGNAC, — A cause de ses rhumatismes. Elle est clouée par les rhumatismes..,
VATELIN. — Vraiment!
PONTAGNAC, — Elle ne sort jamais, ou, quand sa lui arrive, cest dans une petite voiture. Il y a un homme qui la traine..
VATELIN. — Un 4ne qui la traine..
PONTAGNAC, — Non, un homme.
VATELIN. — C’est encore pis! Ah! mais je ne savais pas!
LUCIENNE, — Combien c’est pénible!
PONTAGNAC, — A qui le dites-vous!
VATELIN. — C’est vraiment dommage! Oh! mais nous irons la voir, s1 vous le permettez!
PONTAGNAC. — Mais comment donc! certainement!
VATELIN. — Ow demeure-t-elle?
PontaGnac, — A Pau, dans le Béarn.
VATELIN. — Diable! c’est un peu loin!
PONTAGNAC. — I] y a des express!... Qu’est-ce que vous voulez, le Midi lui est recommandé pour sa santé.
VATELIN. — I] faut l’y laisser.
LUCIENNE. — Enfin, nous regrettons.