‹ Théâtre Complet IIChapitre 157 sur 203 · ACTE TROISIEME - SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME - SCENE VIII

en secouant la téte.) C’est quand j’étais ainsi que mon mari me trouvait la plus belle! suis-je vraiment belle ainsi?

PONTAGNAC, zetivant ses gants. — Oh! oui, belle! belle comme la princesse de Bagdad!

LUCIENNE. — Justement, je l’ai relue ce matin.

PONTAGNAC. — Pourquoi faire?

LUCIENNE. — Parce que!... Parce que je n’ai pas l’habitude de ce genre de vengeance. J’ai voulu étre dans la note! (Changeant de ton.) Et vous m’aimez?

PONTAGNAC, Ja tenant dans ses bras. — Profondément!

LUCIENNE, @ part. — Tiens, on dirait qu’il sait le texte! (Haut.) Et toute votre vie sera 4 moi? ,

PONTAGNAC. — Toute ma vie.

LUCIENNE, le guittant et passant 2, — C’est bien, allez vous asseoir!

PONTAGNAC, éfonné. — Comment, que j’aille m’asseoir...

LUCIENNE. — Eh bien! oui!

PONTAGNAC. -— Mais je croyais...

LUCIENNE — Ai-je dit le contraire?... Mais s’il ne me plait pas, comme ¢a, tout de suite; s’il me convient de choisir mon moment, de me faire désirer. J’entends que ]’homme qui m’aimera soit l’esclave docile de mes caprices. J’ai dit : « Asseyez-vous ». Asseyez-vous!

PONTAGNAC. — Oui!

Il s’assied pres de la table.

LUCIENNE, 7entontant un peu. — Bien!

PONTAGNAC. — Je vous ai obéi!

LUCIENNE, venant & luz. — Crest trés bien! Enlevez votre jaquette.

PONTAGNAC. — Plait-il?

LUCIENNE, gagnant la droite. — Enlevez votre jaquette! je ne peux pas vous voir avec. Vous me rappelez mon mari.

PontaGnac. — Ah! alors. Seulement je vous préviens qu’en dessous, je suis en bras de chemise.

LUCIENNE, s’asseyant sur le divan. — Ca ne fait rien.

PONTAGNAC. — Bien. (// enléve sa jaquette.) Et maintenant?...

LUCIENNE. — Asseyez-vous 1a prés de moi.

PONTAGNAC, s’asseyant. — Voila.

LUCIENNE. — Bon.

Moment de silence.

PONTAGNAC, apres un temps. — Mais enfin, qu’est-ce qu’on attend? LUCIENNE. — Mon bon vouloir!

Pontacnac. — Ah!

LUCIENNE. — Tenez, enlevez votre gilet, vous avez l’air du déménageur comme cela.

PONTAGNAC. — Quoi! vous voulez?...

LUCIENNE. — Je vous en prie, et asseyez-vous.

PONTAGNAC, exléve son gilet qu’il pose également au fond. — C’est bien parce que vous me l’ordonnez. (S’asseyant.) Vous ne me trouvez pas bien ridicule comme ¢a?

LUCIENNE. — Ne vous en inquiétez pas! (Laz déboutonnant une bretelle.) C’est laid, ga!... C’est comme ces cheveux!... Qui est-ce qui vous coiffe comme ¢a?... Une coiffure de maitre d’hotel.

PONTAGNAC, gui a déboutonné la seconde bretelle. — Oh!

LUCIENNE. — Tournez-vous donc! (Luc hérissant les cheveux derriere la téte.) LA! au moins, vous avez l’air d’un artiste.

198 Bir hi4 3 DINDON

PONTAGNAC. — Vous trouvez? (Oubliant ses promesses sous les caresses de Lucienne.) Ah! Lucienne, ma Lucienne!

LUCIENNE. — Eh bien! qu ’est-ce que c’est?

PONTAGNAC. — Oh! pardon!

LUCIENNE. — Je vous prie de vous tenir, n’est-ce pas, quand il n’y a personne.

ere — Ah! qu’est~e que vous voulez, je ne suis pas de bois, moi

LUCIENNE. — C’est bien, ¢a suffit!

PONTAGNAC. — Oui!

Luctenne s’est levée et est allée chercher un journal sur la table, puis revient Sasseoir et se met a parcourir le journal.

PONTAGNAC, gui l’a regardée faire, apres un temps. — Quelle drdie de facon de comprendre Pamour. (Lisant le titre du journal. \< « La Petite République ».

LUCIENNE, apres un temps. — Ah! ah! il y a une premiére 4 Déjazet ce soir.

PONTAGNAC. — Ah! ah!

LUCIENNE. — Vous y allez?

PONTAGNAC. — Non!

LUCIENNE. — Ah!...

Elle se met & lire. — Pomtagnac, ne sachant que faire, se met a sifflotter en dedans, tout en regardant autour de lui; il finit par se lever et les deux mains derriere le dos inspecte les bibelots.

LUCIENNE, sans lever la téte de son journal, — Restez donc assis!

‘PonTAGNAC. — Ah! bon! (/1 va se rasseoir docilement. — Apres un temps.) Mais enfin, qu’est-ce qu’on attend?... Etre obligé de faire le beau pour avoir du sucre!

On entend un bruit de voix au fond.

LUCIENNE. — Chut!

PONTAGNAC, gui s’est redressé au bruit. — Qu’est-ce que c’est?

Lucienne s'est relevée en méme temps et fait une boulette de son journal qu'elle jette au loin.

LUCIENNE, @ part. — Enfin!... (Haut.) Et que nous importe! des gens!... mon mari, peut-étre.

PONTAGNAC. — Votre mari!

LUCIENNE. — Tant mieux! ma vengeance n’en sera que plus complete.

A ce moment on voit les stores du fond sécarter et des tétes paraissent aux vitres,

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