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ACTE TROISIEME - SCENE IX

PONTAGNAC. — Certainement, mais...

VOIX DU COMMISSAIRE. — Voulez-vous ouvrir?

LUCIENNE. — Eh bien! voila comme je veux étre a vous, a la face de tous! Pontagnac, prenez-moi, je suis 4 vous.

PONTAGNAC. — Hein! Comment, maintenant?

LUCIENNE. — Maintenant ou jamais!

PONTAGNAC, s’éloignant. — Ah! non! par exemple!

LE COMMISSAIRE. — Ouvrez ou je brise la glace.

LUCIENNE. — Ouvrez, voyons, ou il brise la glace.

PONTAGNAC, affolé. — Hein? oui.

Pontagnac va ouvrir, Lucienne se laisse tomber assise sur le divan et se tient, les jambes allongées lune sur lautre, le torse rejeté en arriére

et arc-bouté sur ses bras en fixant sur son mari un

regard de défi.

VATELIN, extrant. — Oh! la misérable!...

LE COMMISSAIRE. — Que personne ne bouge!

VATELIN. — C’était vrai!

PONTAGNAG, au Commissaire. — Mais enfin, monsieur.

LE COMMISSAIRE, le vegardant. —- Encore vous, monsieur! C’est bien souvent !

PONTAGNAC. — Mais monsieur, je ne vous comprends pas, je rendais visite 4 madame.

LE COMMISSAIRE. — Dans cette tenue! Rhabillez-vous donc, monsieur.

Pontagnac se rhabille, tout en oubliant de remettre ses bretelles.

REDILLON, sortant de sa chambre par la porte du premier plan, face au public. — Eh bien! qu’est-ce qu’il y a donc?

LE COMMISSAIRE. — Madame, je suis le commissaire de police de votre arrondissement et je viens 4 la requéte de M. Crépin Vatelin, votre , époux...

REDILLON. — Non, je vous interromps. Un flagrant délit chez moi? (A part.) Pontagnac!

LUCIENNE, sans quitter la position qu’elle a prise au début de la scéne. — C’est bien, Monsieur le Commissaire, je connais la tirade. (A part.) Je l’ai lue ce matin! (Haut.) Aussi bien je vais vous faciliter la besogne. M. Pontagnac peut vous dire ce qu’il veut pour essayer de me sauver, c’est son devoir de gentilhomme; mais moi, j’entends que la vérité soit connue de tous! (Ex regardant avec défi Vatelin qui se tient debout entre la table et la cheminée et tournant presque le dos a sa femme.) Rien ne m’a attirée ici que ma volonté et mon bon plaisir, et si j’y suis venue, c’est pour y retrouver M. Pontagnac, mon amant!

VATELIN. — Elle avoue.

LUCIENNE. — Je vous autorise, Monsieur le Commissaire, 4 consigner cet aveu au procés-verbal.

VATELIN, se laissant tomber sur la chaise prés de la cheminée, — Oh!

MME PONTAGNAC, farvaissant a la porte de gauche, — A mon tour, maintenant!

PonTAGNAC. — Ma femme!

MME PontTacNnac. — Veuillez consigner également, Monsieur le Commissaire, que moi, Clotilde Pontagnac, femme légitime de monsieur, vous

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__m/’avez trouvée dans cette maison ou j’étais venue, comme madame, pour retrouver mon amant.

PONTAGNAC, bondissant. — Qu’est- ce qu'elle a dit? MME PONTAGNAC. — Adieu, monsieur.

Elle sort par la gauche.

PONTAGNAC, courant apres elle, ses bretelles lui battant les mollets. — Malheureuse!

LE COMMISSAIRE, /’arrétant. — Veuillez rester, monsieur, nous avons besoin de vous.

PONTAGNAC. — Mais vous avez eine ce quelle a dit, Morisieut le

Commissaire, elle a un amant. (Le Commissaire hausse les épaules, descendant.) Mais ou est-il ce misérable, que je l’étrangle, que je le tue!

GEROME, @ part. — Il veut faire du mal 4 mon Ernest, a mon enfant!

PONTAGNAC, marchant, furieux. — Mais qu’il se montre donc, cet amant, si ce n’est pas un lache!

GEROME, s’avancant. — C’est moi!

PONTAGNAC. — Vous!

REDILLON, 4 Gérome. — Eh bien! qu’est-ce que vous dites?

GEROME, ee a Rédillon, — Tais-toi, je te sauve! ;

PONTAGNAC. — C’est bien, monsieur,- nous nous reverrons! votre carte!

GEROME. — Je n’en ai pas!... Mais je suis Gérome, valet de chambre d’Ernest... de mon petit Ernest...

Il donne une petite tape amicale sur la joue de Rédillon et remonte

PONTAGNAC. — Le valet de chambre!

LE COMMISSAIRE, descendant, a Pontagnac. — Eh! ne voyez-vous pas qu’on se moque de vous; et Mme Pontagnac elle-méme!... Ne comprenez-vous pas que c’est 14 un jeu de femme outragée et non le fait d’une épouse coupable!

PONTAGNAC, vemontant entre la table et la cheminée et prenant son chapeau. — Oh! je le saurai!

LE COMMISSAIRE, vemontant. — En attendant, nous avons besoin de votre présence. Ow y a-t-il de quoi écrire?

REDILLON. — Par 1a, monsieur le Commissaire.

Il montre la piece du fond.

LE COMMISSAIRE. — Merci, monsieur. (A Pontagnac.) Veuillez me suivre, monsieur et... madame.

LUCIENNE. — C’est bien! (Elle se léve et remonte lentement, le regard toujours fixé sur son mart. A mi-chemin, réprimant difficilement son émotion, sa figure se contracte de sanglots et montrant son mari, sans qu'on entende une parole, simplement par le mouvement des levres, elle dit:) Un homme a qui j’avais donné tout mon amour! (A: ce moment, Vatelin, pour se donner une contenance, se love et tourne la téte d'un air dédaigneux du coté de sa femme. Luctenne reprend aussitét son ex presston de bravade et, avec un geste de téte en arriére,) Allons!

t Elle gagne la piece du fond dans laquelle tout le ‘monde, a lexception de Rédillon et Vatelin, est entré.

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