ACTE PREMIER
Rome, Vespasien traversaient vos soupirs :
Après tant de combats, Titus cédait peut-être.
Vespasien est mort, et Titus est le maître.
Que ne fuyais-je alors ? J'ai voulu quelques jours
De son nouvel empire examiner le cours.
Mon sort s'est accompli : votre gloire s'apprête ;
Assez d'autres, sans moi, témoins de cette fête,
A vos joyeux transports viendront joindre les leurs :
Pour moi, qui ne pourrais y mêler que des pleurs,
D'un inutile amour trop constante victime,
Heureux, dans mes malheurs, d'en avoir pu sans crime
Conter toute l'histoire aux yeux qui les ont faits,
Je pars plus amoureux que je ne fus jamais.
BÉRÉNICE
Seigneur, je n'ai pas cru que dans une journée
Qui doit avec César unir ma destinée
Il fût quelque mortel qui pût impunément
Se venir à mes yeux déclarer mon amant.
Mais de mon amitié mon silence est un gage ;
J'oublie, en sa faveur, un discours qui m'outrage.
Je n'en ai point troublé le cours injurieux ;
Je fais plus, à regret je reçois vos adieux.
Le ciel sait qu'au milieu des honneurs qu'il m'envoie
je n'attendais que vous pour témoin de ma joie.
Avec tout l'univers j'honorais vos vertus.
Titus vous chérissait, vous admiriez Titus.
Cent fois je me suis fait une douceur extrême
D'entretenir Titus dans un autre lui-même.
ANTIOCHUS
Et c'est ce que je fuis. J'évite, mais trop tard, Ces cruels entretiens où je n'ai point de part. Je fuis Titus : je fuis ce nom qui m'inquiète, Ce nom qu'à tous moments votre bouche répète. Que vous dirai- je enfin ? Je fuis des yeux distraits Qui, me voyant toujours, ne me voyaient jamais. Adieu. Je vais, le cœur trop plein de votre image, Attendre, en vous aimant, la mort pour mon partage. Surtout ne craignez point qu'une aveugle douleur Remplisse l'univers du bruit de mon malheur : Madame, le seul bruit d'une mort que j'implore Vous fera souvenir que je vivais encore. Adieu.
BÉRÉNICE