‹ Théâtre complet illustréChapitre 65 sur 198 · SCÈNE V : BÉRÉNICE, PHÉNICE · texte numérisé non relu

SCÈNE V : BÉRÉNICE, PHÉNICE

PHÉNICE

Que je le plains ! Tant de fidélité, Madame, méritait plus de prospérité.

Ne le plaignez-vous pas ?

BÉRÉNICE

Cette prompte retraite Me laisse, je l'avoue, une douleur secrète.

PHÉNICE

Je l'aurais retenu.

BÉRÉNICE

Qui ? moi, le retenir ? J'en dois perdre plutôt jusques au souvenir. Tu veux donc que je flatte une ardeur insensée ?

PHÉNICE

Titus n'a point encore expliqué sa pensée. Rome vous voit, madame, avec des yeux jaloux ; La rigueur de ses lois m'épouvante pour vous : L'hymen chez les Romains n'admet qu'une Romaine ; Rome hait tous les rois, et Bérénice est reine.

BÉRÉNICE

Le temps n'est plus, Phénice, où je pouvais trembler. Titus m'aime, il peut tout, il n'a plus qu'à parler. Il verra le sénat m' apporter ses hommages, Et le peuple de fleurs couronner ses images.

De cette nuit, Phénice, as-tu vu la splendeur 1 ? Tes yeux ne sont-ils pas tous pleins de sa grandeur ? Ces flambeaux, ce bûcher, cette nuit enflammée, Ces aigles, ces faisceaux, ce peuple, cette armée, Cette foule de rois, ces consuls, ce sénat, Oui tous de mon amant empruntaient leur éclat ; Cette pourpre, cet or, que rehaussait sa gloire, Et ces lauriers encor témoins de sa victoire ; Tous ces yeux qu'on voyait venir de toutes parts Confondre sur lui seul leurs avides regards ; Ce port majestueux, cette douce présence... Ciel ! avec quel respect et quelle complaisance

i. Il s'agit ici de l'apothéose de Vespasien, présidée par son fils Titus.

Page 1