‹ Theatre Complet IV La Chatelaine L'Adversaire Monsieur PiegoisChapitre 39 sur 272 · ACTB II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTB II, SCÈNE VIII

Vous ne Tavez jamais vu.

JOSSAN.

Je mêle figure... Mais vous me ferez faire sa connaissance. Je lui dois des excuses, car enfin, je viens de le déposséder.

THÉRÈSE

Il ne vous en gardera pas rancune.

JOSSAN.

A propos, vous savez que je ne prendrai possession de Sauveterre que lorsque vous le voudrez bien. Je ne suis pas pressé... Combien de temps comptiez-vous y rester?

THÉRÈSE

Je n'étais pas fixée.

JOSSAN.

Jusqu'à la fin des vacances, je suppose. Est-ce que monsieur Jacques est au collège?

THÉRÈSE

Je compte Ty envoyer Tan prochain et m'installer à Paris. Paris est bien préférable pour l'éducation des garçons... Ce pauvre petit! il va être un peu effaré d'abord de tous ces changements. Qu'est-ce que je lui dirai? Oh ! je lui dirai tout ce qu'il peut comprendre de la vérité. 11 est d'un âge où l'on ne doit plus faire de mensonges ^ux enfants.

JOSSAN.

Vous serez très heureux tous les deux.

THKRKSK.

Oui... Oui... Qui sait? Je vais peut-être avoir là les heures les plus tranquilles et les plus

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douces de ma vie? L*heureux hasard qui vous a mis sur ma route y contribuera beaucoup. Mon Dieu! hier, j'étais navrée, je ne voyais rien dans Tavenir, j'avais une barre devant les yeux, et me voilà presque vaillante...

JOSSAN.

C'est cela... C'est cela... Voyez- vous, il faut être de bonne humeur. Il ne faut pas laisser le drame pénétrer dans notre existence.

THÉRÈSE

Ce n'est pas toujours commode.

JOSSAN.

Parce que nous sommes presque tous courbés et résignés ! Nous sentons les drames rôder autour de nous et nous avons peur d'avance. Si nous leur montrions des figures souriantes et des gestes résolus, ils n'oseraient peut-être pas entrer. Oh ! évidemment, ce n'est pas un moyen infaillible, et on a vu des gens frappés par la foudre au moment où ils riaient comme des fous. Mais j'ai la conviction tout de même, que souvent, avec presque rien, un peu d'énergie, de confiance, de gaieté, on met en fuite des catastrophes.

Oui, c'est vrai... Cela est vrai...

JOSSAN.

Je vous regarde, tenez, je vous regarde... Vous avez l'œil vivant, la bouche hardiment dessinée, le menton net, la main ferme. Tout cela est excellent. Le malheur vous a frappée une fois... Il ne reviendra plus, n'en parlons plus.

THÉRÈSE, souriant.

Dieu vous entende!

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