SCÈNE I
ATALIDE, ZAÏRE
ATALIDE
Zaïre, il est donc vrai ? Sa grâce est prononcée '.
ZAÏRE
Je vous l'ai dit, Madame : une esclave empressée,
Qui courait de Roxane accomplir le désir -, 795
Aux portes du Serrail a reçu le Visir *.
Ils ne m'ont point parlé ; mais, mieux qu'aucun langage,
Le transport du Visir marquait sur son visage
Qu'un heureux changement le rappelle' au Palais,
Et qu'il y vient signer une éternelle paix. 800
Roxane a pris sans doute une plus douce voie *,
ATALIDE
Ainsi de toutes parts les plaisirs et la joie M'abandonnent, Zaïre, et marchent sur leurs pas. J'ai fait ce que j'ai dû : je ne m'en repens pas "' .
1. Ainsi, des le commencement du troisième acte, une péripétie se produit, et l'espérance brille à nouveau. On lit dans YOtlion de Corneille, au début du second acte, ces vers prononcés par Plautine :
Di?-inoi donc, lor-qn'Olhon f'esl offert à Camille, A-t-il paru conliiiiiil ? a-l-elle i>(é lacile ? Son hoiiiiuase auprès d'elle a-l-il eu plein effet ? Comment l'a-t-elle pris, et comment l'a-t-il lait?
K Racine a encore pris entièrement cette situation dans sa tragédie de Bajazet. Atalide a envoyé son amant à Roïane ; elle s'informe en tremblant du succès de cette entrevue qu'elle a ordonnée elle même, et qui doit causer sa mort. La délicatesse de ses sentiments, les combats de son cœur, ses craintes, ses douleurs, sont exprimés en vers si naturels, si aisés, si tendres, que ces vraies beautés charment tous les lecteurs. Mais ici Corneille commence sa scène par quatre verdont le ridicule est si extrême, qu'on n'ose plus même les citer dans des ouvrages sérieux : Dis-moi donc, lorsquOlhon » etc. (Voltaire, Comm. sur Othon.)